mardi 11 août 2009

Discours de bienvenue au Congrès du PSD

DISCOURS DE BIENVENUE

Il m’échoit le privilège de prendre la parole ce jour au nom des militantes et des militants du Parti Social Démocrate et de son président, pour souhaiter la bienvenue à tous nos invités.
Chers invités
A vous tous, qui êtes venus représenter vos partis respectifs et pour nous témoigner votre amitié et votre soutien, je vous souhaite la bienvenue dans cette salle du Palais des congrès.
A vous chers camarades délégués, militantes et militants du Parti Social Démocrate, animateurs des structures de bases du parti venus de toutes les contrées. A vous à qui le mérite de votre militantisme a permis d’être ici ce jour, je vous souhaite également la bienvenue.

Mesdames messieurs, le Parti social démocrate, sous la houlette de son président, Bruno Amoussou, voudrait ouvrir de nouvelles pages dans l’histoire politique nationale.
Après notre assemblée constitutive en octobre 1990 et le premier congrès ordinaire en 2000, mais surtout après les rendez-vous manqués de 2005 et de 2007, nous y voilà. A l’heure juste et au juste moment au 2ième congrès de votre parti, de notre parti, le Parti Social démocrate. Qu’il vous plaise de rendre historique cette salle du palais des congrès où nous nous trouvons(d’une histoire heureuse). Ce lieu que, dans un passé proche de l’histoire de notre pays, la Cen Sad pour ne pas la nommer a rendu autrement historique.
Mais qu’à cela ne tienne. Nous au Psd, nous sommes du peuple et nous resterons dans le peuple pour y trouver le chemin de notre bonheur et du sien. La social démocratie, au-delà d’une idéologie est un mode de vie, une philosophie que nous espérons, à l’issue de ce 2ème congrès, va s’enraciner plus que jamais dans les pensées et le quotidien de chacun. Chers camarades congressistes, la social démocratie n’est pas une utopie, elle n’est pas surannée. Au contraire, la grave crise financière et économique que traverse le monde et qui frappe de plein fouet le Bénin nous conforte dans ce choix et atteste que notre option idéologique constitue une alternative encore crédible.
Depuis 20 ans , avec le président Bruno Amoussou, nous sommes une poignée d’hommes résolument engagés à croire que c’est la seule manière pour nous de sortir nos militants et notre peuple de la misère.
Quelques uns, nous le sommes encore aujourd’hui. Et c’est le moment de se serrer les coudes et de se ceindre les reins. Le chemin est long et semé d’embûches tant les échéances qui se profilent et nous attendent sont cruciales. Alors je me sens rassuré en vous voyant mais surtout en constatant la présence massive et au plus haut niveau de nos alliés. Nous ne sommes pas encore assez nombreux et nous avons donc besoin d’agrandir nos rangs et les élargir. Cela passera sans doute par la consolidation des fiefs que nous avons depuis 20 ans défendus et maintenus. Cela passe surtout par l’ouverture de nouveaux chantiers. Les jeunes, les femmes et les ouvriers et artisans, doivent se sentir au Psd comme chez eux ; pour lui donner les bases de son avenir et de son devenir. Les jeunes et les femmes qui constituent le plus grand du peuple et de la masse, les artisans et les ouvriers qui en constituent le moteur doivent donc trouver leur place parmi nous.
Camarades militants du Parti, 2011 approche et, deux échéances électorales majeures nous y donnent rendez-vous. Les élections législatives et les élections présidentielles. Ils nous faudra, ouvrir les discussions sur les conditions dans lesquelles avec nos alliées nous pourrons en obtenir les plus grands succès.
Chers congressistes, telles sont les missions qui nous attendent.
Je m’en voudrais de finir mes propos sans remercier les membres et les responsables des divers sous comités qui depuis trois mois ont œuvré de jours comme de nuit pour assuré l’effectivité de ce rendez-vous. Nos travaux comme toutes œuvre n’est sans doute pas exempt d’imperfection. Chers camarades, veuillez ne pas nous en tenir rigueur. Retenez simplement que le seul souci qui nous a guidé depuis l’installation du comité a été de faire de ce rendez-vous un succès éclatant.
A vous toutes et tous, je vous dis sincèrement merci.
Merci pour votre attention.
Vive la social démocratie,
Vive le Bénin
Je vous remercie de votre attention

Le Congrès du PSD en image




















mercredi 1 juillet 2009

Entretien avec le quotidien Le MATINAL (1er juillet 2009)

Aléjo Gbadjaaa’a - Emmanuel Golou:Le candidat unique du G4 peut revenir au Psd 1er juillet 2009

Dans le monde très étroit d’économistes internationaux de renom, le Bénin peut compter sur l’une de ses valeurs. Emmanuel Kotohonko Golou, Docteur en économie est un cadre émérite qui a fait ses preuves partout où il a servi, comme le témoignent ceux qui le connaissent. Ancien fonctionnaire de la Banque commerciale du Bénin, directeur de sociétés, ancien ministre de l’énergie, député à l’Assemblée nationale, secrétaire général du Parti social démocrate (Psd), cet enfant de commerçant et de tailleur aurait pu devenir médecin. Mais son destin l’a plutôt indiqué son chemin. Discret, rigoureux, Emmanuel Golou apparait comme un privilégié des enfants de son géniteur, tout comme il l’est pour Bruno Amoussou, son père spirituel. Parlant de ce dernier, il se montre comme un élève docile qui veut toujours resté dans l’ombre du maître.



Dans cet entretien qu’il nous a accordé, Emmanuel Golou parle de Bruno Amoussou qu’il ne souhaite pas voir partir de la tête du Psd, alors que ce parti annonce son congrès pour le mois d’août prochain. Il parle aussi de son passage à la Bcb, au gouvernement de Mathieu Kérékou, de l’affaire des groupes électrogènes, de la crise économique et financière, du G4. A propos il n’exclut pas la possiblité d’une candidature unique au sein de l’inter groupe pour 2011 et garde espoir que le candidat pourrait être de sa formation politique. Le Matinal : Monsieur Emmanuel Golou, que peut-on retenir de vous ?

Emmanuel Golou : Je suis économiste de formation, membre et secrétaire général du Parti social démocrate (Psd) député à l’Assemblée nationale. On m’appelle également Kotohonko, c’est un nom de guerre que mon père a voulu me faire porter. Il a estimé un instant, qu’en m’appelant ainsi, il me met sur un champ de guerre où je dois me défendre et combattre. On m’a rapporté qu’il a emprunté ce nom au Ghana, un pays où il avait séjourné en faisant du commerce et la taillerie. Il y achetait des tissus pour ensuite les confectionner et les revendre au Bénin. Mon père parcourait, pour ses activités l’axe Klouékanmè, Dogbo Azovè. Vous imaginez bien l’avantage pour mes frères et mes camarades, pour nous habiller.

Que représente Klouékanmè pour vous ? Je suis né à Lanta dans la commune de Klouékanmè avant d’aller faire toute ma scolarité primaire jusqu’en 1966 à Djakotomè. J’ai ensuite été admis au cours secondaire au lycée Béhanzin de Porto-Novo à la même année. Après sept ans d’études dans cet établissement, j’ai obtenu mon baccalauréat pour m’inscrire ensuite à l’Université. J’ai eu du mal au cours de mon cycle à choisir ma profession car dans un premier temps je nourrissais l’ambition de devenir médecin. J’hésitais entre cette branche et l’économie, donc pour me déterminer, j’ai dû faire un tirage au sort. Ainsi je suis devenu économiste.

Enfant d’un père commerçant et tailleur, était-ce facile d’aller à l’école ? C’était plutôt fascinant. Alors, je l’aidais à tourner la machine à coudre aussi bien à la maison que sur les marchés où il m’amenait en me portant avec la machine, sur sa bicyclette. Il faut le préciser, de nous ses enfants, c’est moi qui ai eu la chance de mériter ce privilège. Les autres étaient souvent affectés aux travaux champêtres.

Vous auriez pu devenir alors tailleur ? Mon père s’est obstiné à ce que j’aille à l’école et il s’est d’ailleurs évertué pour que je puisse réussir dans mes études. Mais il faut le reconnaitre, la vocation de mon père était plutôt que j’apprenne le Français pour devenir acheteur et vendeur de produits comme le palmiste. Je l’ai compris un peu plus tard, qu’il ne voulait, pas à priori que je fasse de longues études. J’ai donc réussi finalement à faire des études universitaires et cela a fini par l’enchanter.

Un détour au lycée Béhanzin, votre vie d’élève directement venu d’une campagne Au lycée nous étions reçus à l’internat. Je n’ai pas eu besoin d’atterrir dans une famille d’accueil. Nous étions bien pris en charge par les responsables de l’internat. Nous n’avions pas eu de problèmes pour les fournitures les manuels scolaires, ni pour l’alimentation. Je rentrais régulièrement au village, pendant les vacances où je rejoignais mon père pour l’aider dans différentes activités.

Après cela et la vie à l’université ? Une fois inscrits dans les départements de notre choix, nous étions amenés à louer chacun son petit local, une « entrer-coucher » et à organiser notre petite popote. Une situation à laquelle je n’étais pas habitué. Un moment, nous avons souhaité revivre la vie de l’internat mais nous avons fini par nous adapter à notre nouvelle vie.

Le service militaire patriotique, qu’est-ce-que vous en savez ? Initiée à l’époque, la mission patriotique d’enseignement a permis à tous les appelés d’être au contact des réalités des populations des autres localités du Bénin. De plus, cette expérience a permis un certain brassage en ce sens que certains d’entre nous ont fini par se marier hors de leur localité de naissance ou d’origine. Nous étions souvent très intégrés aux activités des populations. Pour ma part, j’ai été un membre très actif de l’équipe de football de Pobè où j’ai enseigné et participé à plusieurs compétitions.

Ensuite vous aviez continué les études à l’extérieur. Est-ce sur financement propre ou comme boursier ? Je suis allé au Centre de formation de la Beceao à Dakar, en 1983 où j’ai suivi 18 mois de cours pratiques et théoriques. J’avais bénéficié d’une bourse d’études de la Banque commerciale du Bénin (Bcb). Ce que j’ai achevé entre 1984 et 1985, avant de m’inscrire à l’Université de Paris Dauphine pour faire un Dea/Banque qui m’a permis de faire une thèse en Banque, Finances et Monnaie. J’ai ensuite fait mon doctorat en 1988.

Tout en étant élève puis étudiant, aviez-vous eu le temps de militer ? Si. J’ai commencé depuis la classe de 5ème comme responsable élu. Ce qui m’a ouvert par la suite la voie à la réunion de l’Union générale des élèves et étudiants du Dahomey (Uged), du Rassemblement des jeunes du Mono et de l’Association des jeunes de Djakotomey où, j’ai activement milité. En clair, c’est le détonateur de tout ce que je fais actuellement en politique. A l’université, on a poursuivi avec notre militantisme. Et, à cette époque, l’activité politique était beaucoup plus développée à la base à travers les mouvements des jeunes et les associations de développement. Même dans les champs, on discutait avec les paysans que nous sommes parfois amenés, au besoin à défendre. Notre connaissance de ces milieux et notre parfaite maîtrise du milieu paysan ne datent pas d’aujourd’hui. Par le passé il y avait moins de discours au sommet que maintenant. Le vrai travail se faisait à la base.

Vous seriez un ancien militant du Pcb. Est-ce vrai ? Ce n’était pas exactement çà. Nous avions à l’époque plusieurs mouvements de jeunes à Djakotomey et les activités de militantisme se menaient avec les aînés comme Bruno Amoussou, Pascal Fatondji, Daniel Djossouvi. C’est bien après que certains groupes ont fini par rejoindre le Parti communiste du Bénin (Pcb) en laissant les autres continuer dans les organisations de jeunes qu’il y avait dans notre zone. Leur départ n’a pas annihilé notre engagement ni faire dévier notre orientation. Nous avons tout naturellement maintenu nos sphère et méthodes d’actions.

Est-ce pendant ces moments que vous avez connu le président Bruno Amoussou ? Au plan politique, je répondrai par l’affirmative. Sinon, c’est depuis les années où j’allais au collège en 1966 que j’ai connu le président Amoussou. Il était déjà beaucoup engagé dans les actions politiques et à nos yeux, il paraissait très admiratif. En jeune frère, je passais des weeks-end chez lui. Donc, il n’est pas tout à fait exact de dire que c’est au temps de mon activisme politique que se sont établis mes premiers rapports avec le président Amoussou.

Il est alors plus qu’un président pour vous et a rang de père spirituel ? Oui, on peut le dire, dans la mesure où, il fait beaucoup pour moi. En tout, il a été important pour moi. Je dirai que sans lui, je n’aurais pas été ce que je suis aujourd’hui.

Pour votre entrée à la Bcb Bruno Amoussou en était-il pour quelque chose ? Ce n’est pas tout à fait ça. Vous savez qu’il ne suffit pas d’être fonctionnaire dans une entreprise. Vous pouvez l’être et rester bloqué à un certain stade. Ainsi, vous devenez ouvrier à vie .Tel n’a pas été mon cas à . la Bcb. J’ai connu une carrière et une évolution normale. Il en a été de même en politique.

Comment vous a-t-on recruté alors ? Par rapport à cette époque, nous avions la chance d’être recasé dans une entreprise ou dans l’administration publique. Pour ma part, j’ai été affecté à la Bcb

Tout comme Bruno Amoussou, vous étiez à la Bcb au moment où l’entreprise est tombée en faillite. Bien au contraire. Jusqu’en 1984 lorsque Bruno Amoussou y était, la Banque était florissante, les problèmes ne se sont posés qu’après son départ. Tout le reste, n’est que montage. Les faits réels sont là. L’histoire aussi.

Et vous, vous y étiez toujours ? Oui mais de forme, puisque ceux qui étaient aux commandes ont fini par m’écarter .J’ai été par la suite affecté au service des études de la Bcb. Plus clairement, je dirai que j’ai été mis au garage. Je n’en ai fait aucun problème jusqu’à la fermeture de la banque en 1989. Tous on était contraint à partir. J’avais donc le choix entre l’exil ou rester au bercail .Finalement, j’ai choisi de m’installer à mon propre compte. J’ai créé une entreprise spécialisée dans la formation en informatique entre 1989 et 1990. A l’époque j’étais déjà nanti de diplômes et de relations pour frapper à des portes même hors du territoire national. Cette entreprise continue de fonctionner jusqu’à ce jour. Bien que je m’occupe actuellement d’autres choses. Ainsi j’ai assumé jusqu’au bout, mes responsabilités.

C’était également l’année de la tenue de la conférence nationale. Quelle a été votre contribution ? C’est à travers des associations que les délégués ont pris part à la conférence nationale. Nous en avons constitué à qui nous avons formulé des recommandations qu’elles ont eu à défendre. Telle a été notre contribution. En dehors de ces associations, j’ai également travaillé avec un cercle d’amis politiques dont la contribution a été très déterminante pour le déroulement de la conférence et des décisions qui en sont issues.

Vous n’étiez pas alors à la conférence. De même que le président Amoussou ? Puisque vous parler de lui, sachez tout simplement qu’il était hors du pays

Comment alors le Psd a été créé ? C’est l’aboutissement d’un très long processus. La seule chose que je sais c’est que ce parti a été créé à Abidjan par des groupes de gens qui ont pensé qu’il fallait créer un parti social démocrate au Bénin. L’idée a pris corps après plusieurs réunions et nous avons mis au point tous les documents nécessaires jusqu’à porter le parti sur les fonts baptismaux en 1990.

Un bilan ? Le Psd est l’un des premiers partis créés avec l’avènement de la démocratie. Il est une des anciennes rares formations politiques qui vit encore. Notre parti a fonctionné avec tout l’enthousiasme, Qu’on lui connait jusqu’au moment où certains camarades ont décidé de quitter nos rangs. Malgré tout, le parti continue à travailler. De façon plus précise, On a cumulé plusieurs résultats positifs aux élections présidentielles, législatives comme municipales et communales

Bien qu’étant frappé par la limite d’âge pour aller aux élections présidentielles, on a l’impression que le Président Amoussou ne veut pas vous laisser jouer les premiers rôles à la tête du parti Je crois que dans la vie, chaque chose a son temps. Le concours du président Amoussou sera toujours demandé. Au sein du Psd on aura toujours besoin de lui. J’aurais même voulu que l’on continue à travailler ensemble comme nous le faisons actuellement.

A vous entendre, vous semblez ne nourrir aucune ambition ? C’est quoi une ambition ? Dites le moi.

Prendre la direction du parti et avoir plus de marges de manœuvres pour briguer la magistrature suprême Je dirai une chose : on n’a pas besoin d’être président de parti avant d’être candidat aux élections. Si ce n’est que ça, il sera là et le parti pourrait décider de ma candidature.

Etes-vous prêt ? Pourquoi pas. Je suis comme un militaire. Lorsque je suis investi d’une mission, je dois l’exécuter. Sans même que je le déclare, les gens me citent déjà parmi les candidats potentiels. Laissons donc les réflexions se poursuivre. Le temps nous situera par la suite.

Adhérez-vous à une candidature unique ? Bon, c’est une possibilité, c’est une possibilité parmi tant d’autres. Nos chefs sont en train de discuter de cette possibilité, cette éventualité. Vous imaginez que nous serons heureux dans un tel schéma. Mais le monde ne sera pas à l’envers si ce n’est pas le cas. Toutefois, il faut lutter pour que ça soit ainsi.

Vous rêvez d’être désigné candidat unique du G4, si cette option était finalement retenue ? Ah ! Oui, oui mais de toutes les façons, on ne parle pas de primaires. Mais il y a des candidats un peu partout. Le Psd n’est pas orphelin de ce point de vue là. Donc s’il y a des discussions à faire autour d’une candidature unique, le Psd est partie prenante au niveau de ce débat. Je ne sais pas ce qui va repousser le Psd à ce débat là.

Que peut-on attendre du Psd dans les mois à venir ? Nous sommes en train d’envisager un congrès qui va avoir le 8 août 2009. Certainement qu’il n’y a pas de bruit, mais ça travaille. Les commissions et les comités sont en mouvement. Le travail des comités sur la déclaration de politique générale, le comité sur l’organisation, le comité sur la communication. Tous travaillent jour et nuit au sein du parti aujourd’hui.

Il y a longtemps que vous êtes allé à ces assises, qu’est-ce qui subitement explique aujourd’hui que vous programmiez cela ? Il faut que ça arrive quand même. C’est vrai qu’on a fait notre dernier congrès en 2000. Nous sommes en 2009, ça a pris du temps. Il faut qu’on corrige ça, donc on va en congrès le 08 août 2009.

Avec le Psd, il y a eu l’Adema, l’Ubf, l’Abn, Wologuêdê et aujourd’hui le G4. Ça ne s’est souvent pas bien passé. On a toujours voulu nous rassembler, créer un creuset assez viable, une classe politique viable pour gérer le pays. C’est dommage que très souvent, ça ne dure pas. Ce n’est pas avec joie que nous avons assisté à la fin de l’Adema, à la fin de l’Ubf. Surtout l’Ubf à laquelle nous avons cru, nous avons fait des sacrifices matériels, financiers, personnels et finalement l’Ubf a échoué. Nous voici au niveau du G4.

Envisagez-vous déjà la même fin que l’Ubf ? Non. Il faut qu’on continue par essayer. Il faut qu’on continue à dire qu’un jour, ça va marcher. Vous savez quand un homme et une femme se connaissaient d’abord puis se marient mais ils se rendent compte que, c’est quand ils sont ensemble qu’ils se connaissent mieux. Donc, il n’y aura pas de bagarre. Ça va prendre un bout de temps avant que ça ne se stabilise au niveau de la famille. Donc c’est normal tout ce qui arrive-là. Si en 2011 aux élections, il y a deux partis qui sont toujours là, mais ils iront ensemble. S’il y a plus, c’est tant mieux.

Vous êtes un homme politique très effacé et réservé mais également un opérateur économique. Comment vous vous en sortez ? Oui, je souffre énormément d’être à l’Assemblée nationale, au secrétariat du Psd et de travailler pour survivre. Je crois que c’est un peu difficile. J’essaie de gérer le temps, disons de prendre une partie en tant qu’opérateur, une partie pour le parti, une partie pour l’Assemblée et puis bon c’est quand même pesant.

Récemment on vous a vu intervenir sur la crise économique financière internationale. Pensez-vous que le Bénin est aussi frappé de plein fouet et a-t-on les possibilités d’en sortir ? Je pense que si on ne s’organise pas bien, si on ne prend pas au sérieux les choses et si on ne réfléchit pas bien sur ce dossier, nous allons souffrir énormément au niveau de notre pays. Parce que, comme je l’ai dit, la crise a un effet direct sur le Bénin parce que nous sommes membres de la zone franc, mais nous souffrons aussi parce que nous sommes de la zone Naira. Tout ce qui frappe le Naira, nous frappe. Et comme nous sommes une économie d’opportunité, c’est-à-dire d’économie qui est qu’on importe pour réexporter vers le Nigeria. Donc nous sommes à la merci des décideurs économiques et politiques. Si aujourd’hui, le Nigeria décide qu’il veut arrêter les importations de tel ou tel produit, on a des difficultés. Déjà il a suffi au Nigeria de libéraliser l’entrée des véhicules de tous âges dans son pays à partir du port de Lagos pour que les nôtres aient des difficultés pour vendre leurs véhicules sur le Niger. Donc je pense que cette crise, est une crise importante pour nous, elle frappe fortement le Nigeria, parce que le Nigeria à son budget, aux ¾ financé par les recettes pétrolières. Or, il y a des problèmes au niveau du secteur pétrolier. Il faudrait que nous nous asseyions pour dire : premièrement, quelles sont les mesures à court terme, les mesures à court terme c’est de faire en sorte que les opérateurs économiques béninois qui envoient près de 80% de leur production au Nigeria s’asseyent pour dire à l’Etat, aide-nous à tenir pendant la crise le temps que le soleil arrive. Deuxièmement, il faut refonder complètement notre économie parce qu’elle n’existe pas en tant qu’entité. C’est quoi notre économie ? Le résumé de notre économie, c’est qu’elle est basée sur la fiscalité du port, notamment sur les recettes douanières. Le coton dans lequel nous sommes, ce coton est sans avenir. Donc il y a de la réflexion, du travail. Il faut créer les fondations de notre économie à long terme. Je dis que même si on ne prend pas les décisions aujourd’hui là, même dans 50 ans, le pays sera exactement comme il est.

Donc, le régime en place ne crée pas de richesse ? C’est à quel niveau il crée la richesse ? Est-ce qu’il crée la richesse ? Allez dans le monde rural, les gens se débrouillent, ils se débrouillent pour vivre alors que nous avons tous les atouts pour avoir une agriculture prospère, pour être un gros pays agricole, pour exporter nos produits comme des moins nantis comme le Burkina aujourd’hui. Vous voyez ce qu’ils font, on importe des choses. C’est bien ce qu’ils font, nous les plus nantis en matière agricole nous sommes là, on regarde, on subit et puis on est tranquille. Je dis que nous devons travailler très fort. Nous devons commencer à travailler si nous voulons que notre pays soit viable à terme dans la sous région.

Le gouvernement de Yayi Boni ne fait-il pas mieux que celui de Mathieu Kérékou auquel vous aviez participé ? Qu’est ce qu’il fait de mieux. C’est à cause des bâtiments que vous parlez comme ça ? Est-ce c’est à cause des bâtiments qui sont là ou c’est à cause des micros crédits qui se distribuent ?

Parlez-nous alors de votre passage au gouvernement, comment est-ce que ça se passait quand vous étiez au gouvernement ? De toues les façons nous n’avions pas eu de difficultés financières pendant que nous étions au pouvoir. On n’a pas de difficultés au niveau de notre budget, il n’y a pas de problèmes de menace au niveau de paiement des salaires. Chacun a fait le travail qu’il pouvait faire. Je vais aller sur le domaine que je maîtrise en particulier. Moi j’étais en charge de l’énergie, des mines et de l’hydraulique. J’ai amené de projets autant que je pouvais pour que chaque béninois puisse avoir de l’eau. J’ai fait venir des entreprises américaines, des entreprises sud-africaines pour venir fouiller notre sol, dans la mer pour chercher le pétrole, et plus loin pour voir si nous avons de l’or à Djougou et vers Natitingou. On a eu des succès, mais tout n’est pas succès. Aujourd’hui on parle de pétrole etc. C’est des travaux qui ont été entamés qui se poursuivent ainsi. Il n’y a pas eu de nouveau à ce niveau là. Donc personne ne peut dire voilà tel a fait ça, ce n’est pas comme ça les projets. Si un projet sort aujourd’hui et mis en chantier, il a une durée de 4 ou 5 ans. Donc les gens ont du démarrer ça avant que les autres ne viennent. Je me suis battu autant que je peux et je regrette, je regrette aujourd’hui que nous souffrions encore. Quand je vois les coupures d’énergie, je peux vous dire que ça me fait extrêmement mal. Oui très mal parce que c’est intolérable. Ce n’est pas normal, ce n’est pas possible. Le Bénin a eu une crise en 1984, en 1994 en 1998. Nous avons fait des propositions. Nous avons même démarré des choses. Le barrage d’Adjarala, devrait être réalisé. Nous avions organisé des appels d’offre pour ce barrage. Je ne sais plus où sont les dossiers. Et nous sommes toujours là en train de nous chercher. 1998-2009, 11ans, on est dans cette situation, c’est intolérable. C’est à croire que l’énergie n’est pas une base pour le développement de notre pays, c’est intolérable.

Abordons l’histoire des groupes électrogènes achetés en votre temps. Nous avions en connivence, ou en accord avec nos amis du Togo décidé de louer des groupes électrogènes. Je me souviens du ministre Andjo. Nous nous sommes tombés d’accord pour que nos deux pays puissent faire une location de groupes pour la fourniture de l’énergie. Le Togo en a loué moi j’en ai loué pour le Bénin. Et je puis vous dire que la société Agogo que j’ai fait venir en 1998 est toujours au Bénin. Je ne le dis pas par fierté, mais je pense qu’il n’est pas normal que cette société soit toujours au Bénin et que nous soyons toujours en location de groupe. On avait acheté également d’autres groupes qu’on a distribués un partout sur l’ensemble du territoire national qui fonctionnent aujourd’hui à merveille sans aucun problème. C’est vrai que dans la période, les gens en ont fait un problème politique, une très grande question politique. Golou a fait ceci, Golou a fait cela. Moi je les regarde. De toutes les façons, après les accusations qui étaient portées en ce moment sur moi, il y a eu une décision de justice. J’ai amené des gens au tribunal, il y a une décision qui est là qui montre que c’était une question politique qui est montée pour me salir.

C’était un faux procès contre votre personne ? C’est un faux procès qui a été fait. Ce qui s’est passé réellement je vais vous le dire. C’est un ministre du gouvernement qui avait demandé des services chez moi au niveau de mon ministère. Je n’ai pas pu lui rendre ce service. Il est parti de ce qui n’existe pas pour faire des commérages. Vous savez que la Sbee utilise plus de mille articles qu’elle achète tous les jours. Je suis le ministre de tutelle mais ce n’est pas moi qui achète les pièces ou les produits que la Sbee utilise. Donc ils ont acheté des groupes, ils les ont installés et il y a eu un petit problème au niveau de Dassa qui a été réglé rapidement. Mais entre temps, ce ministre écrit au président Kérékou en disant, Golou a acheté des groupes de mauvaise qualité. Et c’est comme ça que le président Kérékou a mis en place une commission d’enquête. C’est devenu une affaire. Voilà l’affaire des groupes. C’était une question purement politique où on voulait rendre des coups à quelqu’un. De toutes les façons, heureusement, c’était un faux procès. Et d’ailleurs j’ai complètement oublié, c’est vous qui m’avez rappelé ce dossier là sur les groupes électrogènes.

Avez-vous le cœur léger en parlant de cette affaire ? Mon cœur est tellement léger, complètement léger, totalement léger, voilà.

Le Bénin a connu l’installation de la commission politique de supervision du Rena et de la Lepi. Les choses sont allées très vite. Je trouve que tout est allé très vite. Nous voulons tous de la Lépi. En tout cas notre parti veut de la Lépi. Mais la Lépi, n’est pas pour un régime, ni pour un chef. La Lépi c’est pour le Bénin. Comment faire pour créer les conditions pour que ce qui détruit la démocratie ne vienne pas chez nous ? C’est les contestations, c’est les bagarres, après le post électoral qui font souvent tomber la démocratie. Nous nous sommes des démocrates et nous voulons que la démocratie s’installe véritablement dans notre pays. Donc nous luttons pour que la Lépi soit une réalité et nous avons tout fait autant que nous pouvons pour que l’Assemblée nationale joue son rôle, sa partition. Au niveau de l’Assemblée, on a voté des lois, on a désigné les personnes et la commission politique de supervision est installée. On en est heureux. Et ce que nous souhaitons aujourd’hui, c’est que l’équipe qui se met au travail n’a qu’à se considérer comme une équipe républicaine qui travaille pour ceux qui vont gérer le pays demain, comme ceux qui vont gérer le pays après demain. Donc on ne peut que leur souhaiter beaucoup de courage dans cette fonction parce que naturellement, il va y avoir beaucoup de gens qui vont tenter de manipuler en faveur de x ou de y. Je ne pense que ça soit la bonne formule pour notre pays. Nous voulons une vraie Lepi, pas une Lepi à moitié.

A l’époque, footballeur mais aujourd’hui pratiquant de law tennis, comment êtes-vous arrivé à ce sport ? Oui en fait, il faut que je dise un peu. Je vous ai dit que je suis normalement footballeur et donc la position que j’occupe dans une équipe, c’est l’attaque. Donc c’est à moi on donne les balles pour que je mette les buts. En 1986, un dimanche j’étais allé au terrain pour jouer. On a formé deux équipes. On m’a mis toujours à ma place et je voulais marquer un but. Le gardien est sorti, tombe sur mon pied et fracasse ma jambe avec rupture ligamentaire. J’ai fait 3 mois à l’hôpital, à la sortie comme j’aimais beaucoup le sport, j’ai cherché un sport de remplacement. Ce sport est que, je ne dois pas cogner quelqu’un. Donc le sport que j’ai choisi c’était le tennis où je suis seul dans mon camp et on échange. Et c’est comme ça je suis arrivé au Tennis. Je suis allé voir les responsables de Tennis, on m’a inscrit dans leur école et j’ai commencé à apprendre petit à petit. Mais aujourd’hui, je ne suis pas un grand tennisman. Si j’arrive à renvoyer, c’est déjà bien.

Réalisé par Fidèle Nanga

Transcription : Djibril Ibrahim, Madeleine Assogba et Idelphonse Akpaki (Stag)

Témoignage de Christophe H. Mégbédji, Maire de Klouékanmè :« Certains se plaignent de sa rigueur »

Emmanuel Golou, je le connais très bien. Sur le plan social, c’est un homme bien. D’abord, c’est un cadre émérite, un économiste de haut niveau qui a fait ses preuves dans plusieurs structures. Il a été nommé ministre des Mines sous Kérékou, il a fait des efforts énormes. Même si en ce moment les gens ne le reconnaissent pas. Je crois que c’est des efforts qu’on devrait louer. Aujourd’hui, il continue sa lutte pour son ascension personnelle. Nous sommes du même arrondissement et de la même commune et de ce point de vue je suis bien placé pour mieux le connaitre. Sur le plan politique, c’est un cadre émérite aussi. Il est le secrétaire général du parti social démocrate (Psd), un parti qui a aussi fait ses preuves, grâce à son président et à tous ceux qui l’entourent au sein du bureau. Je voudrais dire que grâce aux efforts du ministre Golou, beaucoup de cadres ont été vraiment promus, et ont pu faire facilement leurs études post universitaires. Même des frères du Couffo et du Mono et d’autres départements du nord ont pu faire de même. Je me rappelle sur le plan social que le ministre Golou, payait les frais de mémoire aux étudiants. Aujourd’hui nous lui avons emboîté le pas. Il a soutenu beaucoup d’entre nous et je voudrais dire que c’est un exemple à suivre. C’est vrai que dans un parti, on peut ne pas toujours s’entendre, mais on peut s’entendre sur le minimum. On doit le compter parmi les cadres du (Psd), qui arrivent réellement à penser aux jeunes. Je crois que le ministre Golou est régulièrement marié et il a des enfants. C’est quelqu’un qui s’intéresse à sa famille et aussi à son entourage. En société, on note à son niveau une révolution par rapport à la collaboration. C’est quelqu’un de discret et très accessible. Je crois le féliciter pour çà et souhaiter que nous puissions faire comme lui et dans nos communautés au Bénin, en passant par le canal du parti Psd. Comme défaut, on peut dire qu’il a le courage de faire face à toutes les pressions. On le sollicite partout. C’est ça l’homme politique, et l’homme public. Comme nous sommes sur le terrain, certains se plaignent de sa rigueur, on ne répond pas à temps. Mais je vous ai dit tantôt qu’il s’est amélioré sur ce plan là. C’est ce qu’on pouvait lui reprocher. Mais, je crois que ça s’est amélioré de façon très notable. Nous avons noté au dernier moment ses transformations, ses mutations notables d’être un homme public et de mériter donc son titre d’économiste de haut niveau. C’est des qualités : le fait qu’il s’intéresse à sa famille, à ses groupes sociaux et politiques. Or, vous avez que les qualités peuvent être innées comme elles peuvent être forgées. Il est en train de gagner beaucoup d’autres qualités et c’est sa volonté de changer, de se transformer de devenir un homme public que je retiens.

vendredi 12 juin 2009

L'AFRIQUE FACE A LA CRISE FINANCIERE INTERNATIONALE

C’est un honneur et un plaisir pour moi de vous entretenir sur un sujet important qu’est celui concernant la crise financière dans le cadre du programme d’information et de formation des cadres de notre Parti .


Comme vous l’avez appris à travers la presse, l’économie américaine a été vivement secouée et est entrée véritablement en crise au dernier trimestre de 2008. Cette crise qui se poursuit jusqu’à ce jour a, en raison de la mondialisation de l’économie, atteint beaucoup d’Etats presque simultanément. Elle apparaît plus grave que la Grande Dépression de 1929 avec les entreprises à l’arrêt, un chômage très sévère, des retraités sans pension de retraite et des pauvres de plus en plus pauvres.

Face à cette crise, les pays leaders de la planète, réunis au sein du G20, se sont mobilisés avec plus de 3 000 milliards de dollars de plans de relance et de sauvetage. Ils ont également pris des résolutions tendant à abolir les paradis fiscaux, à lutter contre les hedge funds et à interdire aux agences de notation d’être rémunérées par le client qui sollicite leurs services, etc. Beaucoup d’entre eux ont fait le mea culpa en affirmant leur détermination à ne plus voir ça.

Mais comment en est on arrivé là ? Comment se fait-il que même les économistes de Wall Street n’ont pas pu voir venir ? Comment expliquer que le monde n’apprenne toujours rien de ses folies destructives avec les nombreuses crises connues par le passé ?

Nous tenterons à travers les commentaires qui suivent d’esquisser quelques réponses à ces questions.

Avant de parler des conséquences et des solutions à la crise, nous évoquerons trois faits qui sont cités de façon régulière pour expliquer comment cette crise est arrivée :

  1. une abondance de crédit,

  2. une recherche effrénée de profit par le capital, et

  3. une déréglementation du système financier.


I. L’ABONDANCE DE CREDIT

L’histoire de cette crise commence avec celle des subprimes.

Sous ce terme un peu barbare, se cachent des crédits immobiliers gagés sur la valeur des biens acquis, accordés à des ménages modestes de la Californie, de la Floride et du Texas. Ces prêts dont le montant total atteint 1 200 milliards de dollars, ont été distribués à partir du début des années 2000 par des Courtiers en prêts immobiliers peu scrupuleux, échappant au contrôle des autorités de régulation. Découpés en titres puis insérés dans des produits financiers complexes qui en ont démultiplié le risque, ces crédits ont été revendus à des banques et à des investisseurs du monde entier. Lorsque le marché immobilier américain s’est mis à chuter, ces crédits n’ont plus été remboursés, provoquant des pertes très importantes pour les acheteurs de produits subprimes.

Déjà en juillet 2007, la banque d’affaires Bear Stearns avait annoncé la faillite de deux de ses fonds d’investissement, créant une psychose dans le monde de la finance qui prend véritablement conscience du danger que représentent les subprimes. Plus tard, en mars 2008, la banque sera rachetée par sa concurrente JP Morgan avec l’aide des autorités américaines, au prix bradé de 2 dollars par action. Dans la planète finance, c’est l’effroi : beaucoup de banques ont investi dans ces prêts toxiques et dans leurs dérivés. Plus le marché immobilier américain plonge, plus leurs pertes se creusent.

A plusieurs reprises, on croit que la crise est endiguée mais tout s’emballe le 14 septembre 2008 avec la faillite de l’une des plus anciennes banques d’affaires de Wall Steet : Lehman Brothers. Mais ici, les autorités américaines n’interviennent pas, dans l’idée de faire un exemple en cessant de sauver un secteur financier malade et coupable de ses propres excès. En voyant couler Lehman Brothers, le marché panique et le système bancaire mondial vacille.

Après la chute de cette banque, le marché se disloque. La distribution de crédit se paralyse. Sur le marché interbancaire, les taux s’envolent, signe que les banques refusent de se prêter de l’argent entre elles, de peur de n’être jamais remboursées. Les établissements financiers asphyxiés cessent alors de financer le reste de l’économie, ne prêtant plus ou à des coûts rédhibitoires. Les entreprises les plus fragiles, les PME lourdement endettées, font faillite.

En dépit des plans de relance de plusieurs centaines de milliards de dollars, la crise économique est en marche. Le 6 novembre 2008, le FMI annonce une récession mondiale. La pire pour les pays développés depuis l’après-guerre.

Devant cette débâcle générale, une question se pose : pourquoi n’a-t-on rien vu venir ? Après un essor économique mondial ininterrompu depuis cinq ans, le pire qui puisse arriver serait seulement selon les économistes pessimistes, un atterrissage en douceur c’est-à-dire un léger ralentissement de l’activité économique mondiale. Mais rares furent ceux qui s’inquiétèrent, au-delà du marché des subprimes, du recours massif et excessif au crédit et de sa menace sur l’économie. Car cette crise est, d’une manière plus générale, la conséquence des excès observés sur le marché du crédit aux Etats Unis, alimenté par la politique monétaire très souple, c’est-à-dire des taux d’intérêt très bas, rendant le crédit peu cher, menée par Alan Greenspan, qui dirigea la Fédérale Américaine de 1987 à 2005. Par exemple, après les attentats du 11 septembre 2001, les taux d’intérêt ont été abaissés à

1 %. Cette réduction du coût de l’argent a permis de stimuler la consommation des ménages américains, leurs achats de logement et les investissements des entreprises. Mais elle a aussi permis aux financiers de multiplier les mécanismes d’emprunts de plus en plus sophistiqués et de plus en plus audacieux. Les crédits ont agi comme des stéroïdes pour doper la croissance américaine. Mais il y a eu overdose. L’Amérique est aujourd’hui en cure de désintoxication, explique Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie en 2001.

Il ne faut pas oublier que dans la période, les marchés ont aussi été alimentés par un afflux exceptionnel de liquidités, de pétrodollars venus des pays du Golfe et de la manne engrangée par les excédents commerciaux de Chine et d’Asie. L’argent abondant et bon marché a ainsi contribué à réduire le coût du risque. Pour doper les rendements, les financiers ont alors multiplié les innovations financières dont les subprimes, type de crédits immobiliers accordés à des emprunteurs à solvabilité douteuse, voir inconnus du système bancaire.

2. LE CAPITAL A LA RECHERCHE D’UN PROFIT MAXIMUM

Au début des années 1990, sur fond de morosité économique et après avoir subi des déboires dans leurs activités classiques, les banques lorgnèrent vers des activités de marché (produits dérivés, changes, gestion d’actifs, etc.) qui présentent l’avantage de générer des commissions et des revenus juteux. Au sein de ces activités, la confection et la vente des dérivés occupent une place très importante. A titre d’exemple, indique Ibrahim Warde (1), près des deux tiers des résultats nets de la Société Générale, proviennent de ces activités de marché où la part des produits dérivés est de près d’un tiers.

La Bankers Trust New-yorkaise, longtemps en difficulté, s’est refait une santé en abandonnant l’intermédiation classique pour se définir comme gestionnaire de risque. Beaucoup de banques dans le monde sont entrées dans ce créneau.

Comme cela a été évoqué plus haut, sur fond de baisse des taux d’intérêt, l’achat de produits dérivés offre des plus-values attrayantes. Si en 1960, les profits du secteur financier représentaient 14 % des profits de l’ensemble des entreprises américaines, ils en représentent, en 2008, 39 %. Les salaires quant à eux, ont baissé en valeur relative : le salaire moyen d’un citoyen américain est aujourd’hui inférieur à celui de 1979.

Qu’ils soient côtés en Bourse ou échangés gré à gré, ces produits dérivés poursuivent une ascension inexorable. Ainsi, entre 1992 et 2007, la taille du marché a été multipliée par près de 150, passant de 4 000 milliards à 596 000 milliards de dollars. Il n’y a aucune limite à ce qu’un financier imaginatif peut créer. Comme l’explique Michael Lewis (2) : Le risque peut être mis en conserve comme les tomates. Différents investisseurs sont prêts à assumer différents niveaux de risque. La banque peut donc acheter le risque à bon marché et le revendre plus cher, sans en assumer elle-même aucun.

Il y avait tous les arguments pour vanter les mérites des produits dérivés (1 200 répertoriés en 1994). C’était l’euphorie et comme l’a expliqué M. Brian Walsh, l’un des dirigeants de la Bankers Trust qui a beaucoup profité de ces produits dérivés : Nous sommes les missionnaires des produits dérivés (3).

Mais devant cette euphorie, on note que la nature des rapports entre l’économie virtuelle (dérivés) l’économie financière (titres) et l’économie réelle (production de biens et services) s’est trouvée complètement transformée car, en 1994, le marché des produits dérivés est trois fois supérieur aux montants échangés sur le marché et représente plus du double du produit intérieur américain. Ainsi donc, l’économie financière et plus grave l’économie réelle se retrouvent à la merci des dysfonctionnements de l’économie virtuelle.

Face à cette démesure, les Gouvernements et les banques centrales ont commencé à s’inquiéter, conscients du risque systémique que des produits mal compris et trop rapidement multipliés font courir à l’ensemble du système financier et à l’économie de façon générale. Un éclatement de bulle spéculative menace. Mais les grands établissements financiers craignant qu’on ne tue la poule aux œufs d’or, s’opposent vigoureusement à tout contrôle. M. Marc Vienot, (4) alors Président de la Société Générale déclarait : Le procès que l’on fait aux produits dérivés me paraît excessif, et les risques qu’on leur prête aussi (…). Personnellement, je ne crois pas qu’on ait besoin d’une réglementation internationale particulière. Le Président de la Réserve fédérale américaine M. Alan Greenspan déconseillait au Congrès de légiférer sur le sujet. Toute réglementation supplémentaire sera inutile, voire néfaste, dit-il, car le risque systémique est négligeable. Selon lui, l’autoréglementation des opérateurs, s’ajoutant aux sanctions du marché, devrait suffire amplement à assurer la stabilité du système (5).

Ces déclarations sont du passé et clairement contredites par les faits aujourd’hui. Comme le prévoyaient quelques rares économistes, la bulle immobilière éclata car l’augmentation des taux d’emprunt et la chute des prix de l’immobilier ont rendu des centaines de milliers de familles incapables de rembourser. Ainsi, tous les produits dérivés adossés aux subprimes ont perdu leur valeur dans les bilans. De montants souvent très colossaux, ils ont fait couler beaucoup de banques et de fonds spéculatifs.

3. LA DEREGLEMENTATION A TOUT PRIX

Pour beaucoup d’économistes, la déréglementation dans le système financier est l’une des causes majeures de la crise financière.

Face aux dogmes du laisser-faire et du laisser-passer, les acteurs opérant à la bourse comme sur d’autres marchés financiers se sont tout permis avec l’appui de leurs gouvernants. Le nom du président américain Ronald Reagan restera associé au triomphe du néolibéralisme. Il fit de son pays, le champ d’expérimentation de la déréglementation tous azimuts, depuis la bourse jusqu’au marché de travail.

Cinquante ans après le New Deal, l’arrivée de Reagan en 1981 a marqué le début d’une profonde mutation du capitalisme américain. Il a incarné mieux qu’aucun autre président, la liberté économique et la lutte contre le big government. Lorsqu’il est entré en fonction, son objectif majeur était de réduire les impôts, la régulation, les dépenses publiques et l’inflation. C’est sous la présidence de Reagan que fut abolie dans les faits, la loi américaine Glass Steagall de 1933 héritée du New Deal et qui interdisait aux banques d’investir en Bourse. Dès que l’ouverture fut faite et sans tarder, les banques investirent dans de nouveaux placements au nom de la diversification et pour s’enrichir.

Cette déréglementation s’est rapidement répandue sur les autres places boursières internationales.

Selon Ibrahim Warde, dans son article paru dans le Monde diplomatique de janvier 1991, les assises du système bancaire ont été détruites par la déréglementation.

4. LE SEÏSME FINANCIER AUX CONSEQUENCES JAMAIS VUES DEPUIS LA CRISE DE 1929

D’abord, cette crise financière s’est vite propagée dans le monde à cause de la mondialisation financière mais surtout à cause du fait que les Etats-Unis absorbent presque la moitié des capitaux mondiaux. Tout choc dans un pays, à fortiori aux Etats-Unis, se fait immanquablement ressentir sur la planète. Des investisseurs du monde entier possédaient des dettes américaines titrisées. Par exemple, la Banque Centrale de Chine détenait 380 milliards de dollars de créances sur Fannie Mae et Freddie Mac, les deux institutions de refinancement hypothécaire mises sous tutelle du Trésor américain, le 7 septembre 2008. Ces deux institutions détenaient à elles seules, 45 % de l’encours total du crédit immobilier aux Etats-Unis.

Mais c’est le secteur bancaire même qui a le plus souffert de la crise. Certaines banques ont été nationalisées comme la Morthern Rock, au Royaume Uni ; d’autres ont bénéficié de sauvetage en catastrophe comme la banque Belgo-Neerlandaise Fortis et la Britannique Bradford et Bringley. D’autres sont englouties par leurs concurrents dans l’urgence. (Wachovia par Wells Fargo et Washington Mutual par JP Morgan Chase, aux Etats Unis, Dresdner Bank par CommerzBank, en Allemagne, etc. …). A eux seuls, les Etats-Unis comptent 25 faillites bancaires en 2008, dont la plus grande de l’histoire américaine, Washington Mutual, (188 milliards de dollars de dépôt).

Toutes les institutions financières ont vu s’effondrer leur valeur boursière ; des dizaines de milliards de dollars, d’euros ou de yens sont parties en fumée. Les géants d’hier sont tombés de leur piédestal.

Le crédit est aux entreprises, ce qu’est l’eau pour l’homme. Or, par ces temps de crise, il est devenu rare et plus cher. La crise financière qui secoue les banques ne peut donc qu’avoir des répercussions sur l’économie dite réelle : celle des firmes non financières. A titre d’illustration, les cas de la filière automobile et celle de l’immobilier seront évoqués. Ces deux filières ont en commun au moins deux choses : elles sont du domaine des biens durables pour les ménages et sont souvent acquis à l’aide de crédits bancaires. Par exemple, s’agissant de l’industrie automobile, aux Etats-Unis, trois voitures sur quatre sont achetées à crédit, si bien qu’avec le resserrement du crédit (crédit crunch), la demande ne peut que chuter. C’est ce qui justifie d’ailleurs qu’à la fin de l’année 2008, les ventes des constructeurs américains aient chuté de plus de 30 %. Général Motors, Ford et Chrysler, faute de liquidité et ne pouvant même plus recourir aux crédits bancaires, n’ont dû leur salut qu’à l’aide que l’Etat leur a apportée afin d’éviter la faillite.

Que ce soit dans le domaine du secteur bancaire, ou ceux de l’automobile et de la construction, ce sont toutes leurs filières respectives qui sont en difficulté, il s’agit des entreprises qui travaillent avec elles en amont et en aval. La chute de la production de voitures et le coût de frein de la construction immobilière font tourner les hauts fourneaux au ralenti ; moins de demande de fer, de charbon et de ferrailles, etc. De même, les difficultés de ces secteurs sont accompagnées de l’annonce de plans sociaux massifs. Au niveau du secteur bancaire, les licenciements se sont accélérés à compter du mois de septembre 2008, aboutissant à un nombre impressionnant d’emplois détruits durant l’année : 300 000 pour l’ensemble de la finance mondiale, dont 220 500 aux Etats-Unis et 70 000 en Europe ; Au début du mois de mai 2009, 5 millions d’emplois sont détruits aux Etats-Unis, tout secteur confondu, depuis décembre 2007. Nous devrions constater des centaines de milliers de pertes d’emplois durant encore un certain temps a reconnu Robert Gibbs, porte parole de la Maison Blanche. (7)

Malgré les mesures prises dans chacun des pays riches et à travers les rencontres du G20, la récession se poursuit aux Etats-Unis et se généralise dans la zone Euro. La récession se définit par deux trimestres consécutifs de croissance négative du PIB. Aux Etats-Unis, le PIB s’est rétracté de 6,1 % de Janvier à mars 2009 contre 6,3 % au dernier trimestre de 2008. Le Gouvernement allemand qui pariait sur un recul du PIB de -2,25 % en 2009, a revu ses prévisions à -6 %. L’Italie devrait abaisser dans les prochains jours, sa prévision de croissance pour 2009 qui passerait d’un repli de -2 % à près de -4 %.

Les effets de la crise financière internationale sont ressentis un peu partout dans les pays riches et même dans les pays émergents (Brésil, Inde et Chine) que l’on croyait assez indépendants des Etats-Unis pour pouvoir résister à un ralentissement de la première économie mondiale. Il sera évoqué un peu plus loin, les effets de la crise sur les pays pauvres et en particulier, sur l’Afrique.

5. LE RECOURS A L’ETAT POUR FAIRE FACE A LA CRISE

Dès le début de la crise, les Gouvernements des pays riches à travers le G20, se sont impliqués très rapidement dans la recherche des solutions qui permettent de rétablir la confiance dans les marchés contrairement à l’attentisme observée en 1929. Durant la crise de 1929, en effet, le Gouvernement américain n’était pas venu au secours des banques, laissant le marché s’autoréguler. On sait ce qui advint ; plus de 700 banques américaines vont payer de leur existence.

Pour cette crise-ci, des centaines de milliards de dollars ont été mobilisés pour aider les entreprises (Général Motors, Chrysler) et pour prendre des participations dans les banques ; tout le système bancaire britannique ou presque est désormais nationalisé. L’Etat se retrouve au centre de la cité dans les temples néolibéraux de New-York et de Londres. Ce qui fait dire au Président de l’Eurogroupe, le luxembourgeois, Jean-Claude Juncker que Wall Street est devenue la place Rouge … Même les Russes n’oseraient pas étatiser à ce point.

Keynes est de retour ; cet économiste qui a toujours prôné l’intervention de l’Etat pour la relance de l’économie à travers la relance de la demande publique doit se réjouir dans sa tombe. Ses livres sont à nouveau demandés dans les librairies. L’éditeur Payot a vendu 391 exemplaires sur le seul mois de septembre 2008 contre 547 sur l’ensemble de l’année 2007.

D’autres mesures ont été prises par le G20, toujours pour calmer les marchés et relancer l’économie. Les taux d’intérêt ont été baissés, des structures publiques ont été créées pour le rachat des actifs toxiques, des garanties étatiques sont promises pour les prêts interbancaires, des consignes ont été données pour modérer les versements de dividendes, moraliser les stock-options, plafonner les rémunérations, etc.

Par ailleurs, au G20 de Londres, l’accent a été mis sur la remise en ordre structurelle dans la sphère financière. On promet de s’attaquer aux paradis fiscaux (au secret bancaire, aux plates-formes défiscalisées servant à abriter la formation des profits et des hauts revenus). On ambitionne de mieux contrôler les hedge funds (ces fonds dévastateurs qui se déplacent sans contrôle). On veut repenser les ratios prudentiels des établissements financiers. On veut remodeler les rémunérations des acteurs des marchés (pour qu’ils prennent les bons risques) et on se prépare à mieux encadrer le travail des agences de notation (pour éviter les conflits d’intérêt).

Il y a quelques mois, personne n’aurait pu penser que des mesures du genre pourraient être prises à Washington ou à Londres, dans ces cités du capitalisme triomphant.

Mais peut-on dire que ces mesures du G20 rentrent dans le cadre de la mise en cause fondamental du système capitaliste ambiant ou représentent plutôt des mesures d’entretien – disons, travaux d’entretien du système ?

En réalité, la gestion institutionnelle de cette crise reste tout de même d’inspiration très libérale. L’approche reste celle de la gestion des risques que l’on ne s’interdit pas de créer. La batterie des mesures envisagées se trouve bien dans ce registre où il n’est question que d’augmentation de la transparence, de contrôle des systèmes d’incitation, de régulation prudentielle, de supervision, de renforcement de la gouvernance et du management du risque, c’est-à-dire toute une ingénierie d’ordre technico-politique visant à tenter de rattraper les dérives induites par une doctrine restée intacte : celle qui crée les risques au nom de la liberté d’entreprendre et tente ensuite, de domestiquer la bête, une fois qu’elle se trouve dépassée par son créateur. De ce point de vue, le corset des institutions, règles, normes, chartes qui va s’abattre sur la finance n’est pas le produit d’un retour aux tentations socialistes.

Il en est ainsi en particulier, s’agissant des nationalisations qui ont eu lieu où le rôle de l’Etat n’est pas autre chose que celui d’un pompier de service qui éteint l’incendie et quitte la place sans délai. Cela a été bien confirmé à la Conférence de presse du Président OBAMA, le mercredi 29 avril 2009 (8) car dit-il : Qu’il s’agisse de banques ou de constructeurs automobiles, l’Etat doit chercher à en sortir dès que la situation s’est améliorée. …. L’objectif est que ces entreprises émergent de cette crise en meilleure position avant d’être restituée au secteur privé.

Cela a été évoqué plus haut, les mesures prises par les pays riches sont à considérer comme des "travaux d’entretien" d’une idéologie néolibérale, mais seront-elles efficaces et suffisantes pour juguler la crise ? Quelle va être la durée de cette crise ? Ce serait risqué d’aller sur ces pistes. Certains pensent que par rapport à la crise de 1929, il y a plus d’expertise qualifiée aujourd’hui pour y faire face. Beaucoup avancent l’idée que n’ayant pas pu voir venir, les experts ne sont pas en mesure de prévoir l’issue de la crise.

6. LE CAPITALISME EN PANNE

La crise financière actuelle n’est pas la première dans l’histoire ; elle est seulement plus brutrale, plus ample et plus profonde que toutes celles qui l’ont précédées.

On se souvient de la panique bancaire de 1907, du krach de 1929, de la crise pétrolière de 1973, et du lundi noir de 1987 où le dow Jones a perdu 22,6 %.

Depuis que le capitalisme a pris le pouvoir, dit Jacques Attali, la crise semble même son état naturel (9). Interrogé sur ce que serait l’analyse de Marx de cette crise, Jacques Attali répond : Marx aurait analysé cette crise comme un soubresaut. Il y en aura beaucoup d’autres si celui-ci n’est pas pris au sérieux – et il ne sera pas pris au sérieux. Tout repartira comme avant … Et Alain Minc, Conseiller de plusieurs entreprises françaises d’ajouter, dès 2010, la Bourse va de nouveau s’envoler. On va voir un lâche soulagement. On fera mine d’avoir tout oublié de ce qui s’est passé. Et l’apparition d’oligopoles privés dans la banque va faire naître à nouveau, un fort désir de dérégulation. Puis suivront des bulles et d’autres crises.

Dans un entretien avec Emmanuel Wallerstein, chercheur au département de sociologie de l’Université Yale sur les crises (11) celui-ci évoque l’idée que le capitalisme ne parvient plus à faire système, au sens où l’entend le physicien et le chimiste Prigogine, ILYA (1917-2003) : quand un système biologique, chimique ou social, dévie trop et trop souvent de sa situation de stabilité, il ne parvient plus à retrouver l’équilibre et l’on assiste alors à une bifurcation.

Dans ces conditions, la situation devient chaotique, incontrôlable pour les forces qui la dominaient jusqu’alors, et l’on voit émerger une lutte, non plus entre les tenants et les adversaires du système, mais entre tous les acteurs pour déterminer ce qui va le remplacer.

Mais qu’est-ce qui va remplacer le système capitaliste ? La conviction que j’ai est que : l’étatisme, version extrême du socialisme a fait faillite ; le libéralisme, version extrême du capitalisme, est en train de connaître le même sort. Les économies du nouveau siècle devront être mixtes. Mais ce n’est pas un système nouveau ou inconnu qui va s’imposer à la lumière des faits d’aujourd’hui : c’est bien la Social Démocratie. Oui pour le marché avec des règles protectrices du citoyen, mais présence forte de l’Etat dans la gestion des services publics "santé, éducation, transport, eau et électricité, etc." et dans la distribution du revenu.

S’agissant en particulier des marchés financiers, on ne peut les laisser livrés à eux-mêmes qu’à nos risques et périls. Les pouvoirs publics doivent prévenir leurs mouvements extrêmes dans les deux sens avec des règles plus améliorées et plus efficaces. La présence de l’Etat dans le capital des banques permettra d’orienter, au mieux, le crédit vers le financement d’activités génératrices d’emploi et porteuses de croissance au détriment d’activités spéculatives. L’application de taux d’intérêt diversifiés aiderait à une meilleure orientation du crédit.

Il ne s’agira pas d’Etat sapeur-pompier ou d’Etat qui engage les fonds des contribuables pour une socialisation des pertes des entreprises et une privatisation des profits.

7. LES EFFETS DE LA CRISE SE FONT SENTIR SUR LE CONTINENT AFRICAIN

Dès le début de la crise, beaucoup d’experts avaient estimé que du fait de sa faible insertion dans le commerce mondial (3 %), l’Afrique serait épargnée par ses effets. Même tardifs, les effets sont apparus et tous les pays sont touchés. Très limités dans le secteur financier, ils sont profondément ressentis dans l’économie réelle (mines, pétrole, produits agricoles, etc.).

Très peu tournées vers l’international, et disposant de peu d’actifs à l’étranger, les banques africaines ne sont pas concernées par la crise des subprimes, ces produits toxiques qui ont fait couler beaucoup de banques. On notera cependant que, les pays dotés d’une place boursière relativement développée comme le Nigéria, l’Egypte, l’Ile Maurice, le Kenya et l’Afrique du Sud, ont enregistré des pertes substantielles de leur capitalisation. Le géant sud africain Old Mutual a perdu 135 millions de dollars du fait de sa connection avec Freddie Mac et Fannie Mac, les deux grandes institutions financières américaines qui ont fait les plus grosses pertes durant cette crise.

C’est au niveau des matières premières que l’Afrique ressent le plus la crise. Du fait de la baisse de la demande et donc de celle des prix, les revenus attendus des exportations ne pourront que diminuer.

Les estimations faites par les institutions financières internationales et le Comité des 10 ministres des finances mis en place par la Banque Africaine de Développement sont alarmantes. On s’attend à une baisse des exportations de l’ordre de 40 % représentant une perte de 251 milliards de dollars en 2009 et 277 milliards en 2010. Au total, les exportations africaines qui devaient avoisiner 634 milliards pour 2009 plongeraient à 383 milliards avec la crise.

Après les matières premières, l’Afrique sera frappée par un net ralentissement des investissements directs étrangers. Grâce à la relance des années 2000, le flux des capitaux privés à destination de l’Afrique a doublé, passant à 60 milliards de dollars en 2008. Mais la contraction des investissements et la faible liquidité des marchés menacent de le ramener à 30 milliards en 2009. Dans les pays pauvres, en effet, c’est l’extraction des ressources naturelles qui attire généralement la plus grande part des investissements directs : 75 % au Nigéria, 68 % au Botswana … Dès lors que la baisse des cours obère le rendement de tels investissements, ceux-ci se ralentissent inévitablement. De grands projets sont concernés, souligne le rapport du "Comité des 10". Certains sont reportés sine die à des temps meilleurs. On cite des raffineries en Algérie et au Soudan, des centrales électriques au Botswana et en Ethiopie, des aéroports et des ports, etc.

Il y a des projets régionaux qui pourraient aussi souffrir du ralentissement des investissements privés comme les projets d’infrastructures du NEPAD, de l’interconnexion électrique de la CEDEAO (WAPCO) et de Compagnie ECO AIR.

Le troisième flux de revenu menacé est celui des transferts de fonds des travailleurs émigrés car la crise économique a frappé d’abord et principalement les secteurs qui emploient le plus d’immigrés, la construction et l’industrie. Les premiers emplois supprimés sont ceux des travailleurs les moins qualifiés et les plus précaires, là encore, le plus souvent immigrés. Selon une étude publiée par la Banque mondiale en mars 2009, "les familles africaines qui survivent grâce à l’argent envoyé par les migrants vont perdre 1 milliard de dollars en 2009 sur un total de 20 milliards reçus en 2008 (12).

Le quatrième flux financier affecté est celui de l’aide publique au développement (APD). L’ONU a recommandé d’affecter 0,7 % du produit intérieur des pays riches à l’APD, afin d’atteindre en 2015, les objectifs du millénaire pour le développement (réduction de moitié de la pauvreté et de la faim, accès à l’eau potable, etc.).

Mais on en est loin. Lors du sommet de Gleneagles en 2005, les pays du G7 s’étaient engagés à doubler leur aide à l’Afrique d’ici à 2010, en la portant à 50 milliards de dollars. Selon l’Organisation de Coopération et de Développement Economique, (OCDE), l’aide bilatérale des pays riches au continent s’est limitée à 26 milliards. A leur dernière rencontre à Londres, les pays membres du G20 ont annoncé une enveloppe globale de 1 100 milliards de dollars destinés principalement aux pays pauvres. Bien que l’ONU ait appelé les pays riches à ne pas sacrifier les objectifs du millénaire sur l’autel de la crise, il reste à savoir si cette annonce du G20 sera suivie d’effets.

Au final, cette crise va déboucher sur une dégradation des équilibres macroéconomiques d’un grand nombre de pays. Plus les exportations vont fléchir, moins les Etats vont encaisser des devises et de droit de douane. Les entreprises seront plus en difficulté et paieront aux Gouvernements, moins de Taxe sur la valeur ajoutée et d’impôts sur les bénéfices. Le déficit des comptes courants (balance de paiements extérieurs) atteindrait 4,3 % du PIB en 2009 contre un excédent de 2,7 % en 2008, tandis que les déficits budgétaires exploseraient à

5,4 % du PIB, contre un surplus de 2,8 % (13).

La réaction des pays africains face à la crise reste très molle. Avec quelques moyens, ils prennent certaines mesures : aides aux entreprises exportatrices, baisse de taux d’intérêt, réduction des dépenses budgétaires. Des Comités de suivi de la crise sont créés pour colmater les brèches, leur rôle étant de suivre au plus près l’évolution des marchés intérieurs afin d’éviter l’aggravation de la pauvreté, synonymes d’émeute et de répression.

Certaines mesures de politiques économiques sont suggérées pour financer les déficits provoqués par la crise : la dévaluation, la planche à billets, l’augmentation des impôts ou le recours aux concours extérieurs. La première solution, celle de l’ajustement des taux de change, est un couteau à double tranchant. Elle encourage les investissements étrangers mais alourdit les factures à l’importation. La deuxième solution appartient à un passé révolu car elle fait plus de mal que de bien (inflation). Quant à la troisième solution, elle pénalise les entreprises et les consommateurs en augmentant la pression fiscale.

Reste donc les apports de capitaux extérieurs. La BAD estime les besoins du continent à un minimum de 106 milliards de dollars sur deux ans (2009-2010), juste pour rétablir le rythme précédent de croissance. Mais pour véritablement relancer les économies et atteindre les

7 % de croissance nécessaire à la réalisation des infrastructures de base et à la réduction de moitié de la pauvreté d’ici à 2015, il faudrait 247 milliards sur deux ans.

De quels capitaux extérieurs s’agit-il ? De l’aide publique au développement dont le passé a montré les incertitudes qui l’entourent ? Ou des investissements directs étrangers en direction de l’Afrique au ralenti en raison de la baisse des cours des matières premières ?

L’Afrique est dans une impasse. Mais comme l’a dit le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, Cette crise nous réveille. C’est une stimulation … Plus elle est grave, mieux, il nous faut investir pour en sortir. (14)

Plus que jamais, c’est le moment de créer les meilleures conditions pour la mobilisation des ressources internes en créant des marchés financiers locaux et en développant les partenariats public-privé. Au niveau UEMOA par exemple, il faut créer un cadre de concertation pour la promotion d’un marché financier régional avec des produits adaptés et une fiscalité incitative. Un réexamen des lois de finances dans l’optique d’une réduction des dépenses s’impose. Il faut encourager, et cela n’est pas nouveau comme recommandation, la valorisation des produits à l’exportation ainsi que leur diversification, le renforcement de l’intégration régionale et le développement des infrastructures. A défaut des caisses de stabilisation qui ont été créées dans les années 1960 pour amortir les fluctuations des cours du café, cacao, coton et qui ont été supprimées à la demande du Fonds Monétaire International, les pays africains sont exhortés à constituer des fonds "pour les générations futures", comme en Norvège, au Qatar ou en Russie, où les recettes engrangées pendant les années de vaches grasses permettent de ne pas trop souffrir des années de vaches maigres. Il y a peut-être une opportunité à saisir : les marchés de capitaux ayant démontré leur absence de sécurité, les investisseurs peuvent se retourner vers l’économie réelle et vers le Continent. Pour cela, il faut créer un climat des affaires attrayant.

Mais la crise pose aux africains des questions profondes.

L’Afrique peut-elle croître avec un modèle de croissance fondé sur la financiarisation et la globalisation que nous impose l’économie capitaliste ? Comment construire les économies africaines plus résistantes aux chocs ? Comment préparer l’Afrique à mieux participer aux débats et aux négociations mondiales ?

Sans chercher à répondre à ces questions, certaines pistes sont à explorer.

L’Afrique doit soutenir l’idée de la création d’un Conseil pour le Développement Durable et en être membre. Ce conseil s’occupera des questions économiques et sociales internationales. En fait, le conseil pour le développement durable devrait être un forum de délibération avec pour objectif, la contribution à la justice sociale, la stabilité et la prospérité sur la base de la Charte de l’ONU. Ce sera un organe de coordination en ce qui concerne les compromis entre les échanges, l’emploi et l’environnement.

L’Afrique doit soutenir aussi l’idée d’une réforme du Fonds Monétaire International, de la Banque Mondiale et de l’Organisation Mondiale du Commerce. Le point important ici, n’est pas l’idée de réformer seulement les aspects organisationnels de ces institutions, mais de faire en sorte qu’elles changent leur modèle économique et social qui du reste, sont d’inspiration néo-libérale et conservatrice.

L’Afrique doit enfin, lutter pour le renforcement du rôle des Nations-Unies. Le système des Nations-Unies reste aujourd’hui, le meilleur creuset pour les Etats africains pour participer au débat sur les questions mondiales, convaincu que l’approche multilatérale de ces questions demeure une bonne voie pour l’avenir du monde, face à l’approche unilatérale.

De ce point de vue, une réforme de la composition et des mécanismes du Conseil de Sécurité s’impose. Les membres permanents devraient être représentatifs de l’ensemble du monde.

Le Président brésilien Lula cité plus haut, réclame en notre nom à tous, un nouvel ordre économique et social et dit ceci "Nous voulons avoir beaucoup plus d’influence dans les affaires politiques du monde. Nous voulons en particulier que les institutions financières multilatérales telles que la Banque Mondiale et le FMI cessent d’être entre les mains des seuls Américains ou Européens. Nous voulons que les hommes et les femmes des autres continents aient une participation plus grande au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, que le Brésil y ait un siège permanent, que les Africains en aient un ou deux".

8. LA CRISE N’EPARGNE PAS LE BENIN

Tout ce qui a été dit de l’Afrique concerne bien entendu, le Bénin du point de vue des points d’impact de la crise comme des portes de sortie.

Les banques béninoises ne sont pas particulièrement touchées par les subprimes ; on s’attend à une baisse des cours du coton en raison de la contraction de la demande chinoise (de l’ordre de 6 % par la banque mondiale). On peut s’attendre aussi à une baisse de l’aide publique au développement et des investissements directs étrangers. En mars 2009, les banques font état d’une baisse des transferts de fonds des émigrés de l’ordre de 30 %. Beaucoup d’entreprises béninoises entretiennent des dépôts importants à cause de la mévente consécutive à la faiblesse du naira notée ces derniers temps. Selon le rapport trimestriel sur l’évolution macroéconomique et l’état d’avancement des réformes au Bénin d’avril 2009, publié par le Ministère des Finances Le recul attendu de la croissance de l’activité économique devrait se traduire par une baisse des recettes de l’Etat … Les recettes totales sont établies à 92,2 milliards de F CFA à fin février 2009 contre 103,0 milliards de F CFA en février 2008. Ce recul provient principalement des recettes douanières qui sont passées de 46,7 milliards à 43,3 milliards sur la période, soit une baisse de 7,2 %. Cette contre-performance de la douane résulte d’une baisse de 27 % des importations en régime de mise à la consommation et d’une baisse de 51 % des transactions par le régime du transit en direction du Nigeria (15).

Le même rapport poursuit que les perspectives économiques pour l’année 2009 suggèrent une diffusion de la crise financière internationale à l’économie béninoise avec un taux de croissance projeté à 4,4 % selon les dernières estimations contre une prévision initiale de 6,1 %.

En réalité, le Bénin subit une crise directe du fait de son appartenance à la zone CFA et une crise indirecte du fait de sa proximité du Nigeria et du rôle que joue le naïra dans son économie. Les opérateurs économiques béninois estiment que près de 70 % de leur clientèle est nigériane de telle sorte que leur chiffre d’affaires est dicté non seulement par le cours du naïra, mais par des mesures de politique économique prises par le gouvernement nigérian. La diffusion indirecte de la crise à partir du Nigéria s’est faite à travers quelques canaux dont voici quelques exemples.

La baisse des cours du pétrole estimée à 48,5 % en 2009 selon le Fonds monétaire international combinée avec celle de la demande, induisent une baisse de l’activité au Nigéria et donc une baisse du revenu et un recul de la demande. Le pétrole représente l’essentiel des exportations et trois quarts des recettes de l’Etat. Le solde des finances publiques et celui des transactions courantes devraient passer d’un excédent à un grave déficit. Cette situation de baisse de recettes a, entre autres, amené le gouvernement nigérian à prendre des mesures dont celles d’abattre de 25 % les salaires des hauts fonctionnaires. Le gouvernement du Nigéria est aussi amené à annoncer par l’intermédiaire de son ministre de l’information et des communications, John Odey et à la surprise de l’instance dirigeante du football mondial, la FIFA, sa décision de retirer sa proposition d’organiser la coupe du Monde de football des moins de 17 ans qui devait lui coûter 37 milliards de naïra. Tout ceci traduit une ambiance de resserrement au niveau des finances publiques nigérianes avec pour conséquence, une baisse généralisée de la demande. Les produits de réexportation du Bénin en feront aussi les frais.

Deuxièmement, la baisse du cours du naïra noté actuellement sur le marché, s’explique en partie par la crise financière. Beaucoup d’opérateurs économiques nigérians ont craint qu’à cause de la crise, les banques nigérianes ne puissent plus bénéficier des lignes de crédit qui leur sont ouvertes chez leurs homologues étrangers. Tout doit se faire au comptant et ils ont dû acheter en un temps record des devises en cédant du naïra pour pouvoir faire leurs opérations. Par ailleurs, des entreprises qui avaient d’importants projets ont rapatrié des fonds pour les mettre à l’abri. Selon le quotidien privé "Vanguard", un total de 13,8 milliards de dollars serait sortis du pays pendant les huit dernières semaines ayant précédé le 18 décembre 2008. Cet exode des capitaux a eu pour conséquence, l’effondrement du taux de change du naïra qui était resté stable ces dernières années.

Troisièmement, l’Etat nigérian, conscient du fait que la crise va entraîner une paupérisation accrue des masses, a pris des mesures de désarmement tarifaire pour faciliter l’entrée sur son territoire de certains produits. Ces mesures concernent surtout les véhicules, les textiles et les denrées alimentaires, produits de réexportation par excellence à partir du Bénin. Les véhicules de plus de 10 ans de vie par exemple, sont autorisés à rentrer dans le pays alors qu’ils en étaient interdits.

Enfin, les banques nigérianes comme l’UBA, l’Union Bank qui nourrissaient de grandes ambitions pour encourager l’intégration régionale à travers l’extension de leurs réseaux dans la sous-région ouest africaine ont dû faire un repli, faute de ressources. L’installation de ces banques aurait pu offrir de nouvelles sources de financement de l’économie.

Ces exemples montrent l’importance de la connexion entre l’économie béninoise et l’économie nigériane. Le moins qui puisse se faire est qu’il soit créé un Observatoire de la Politique Economique Nigériane produisant des notes de conjoncture de façon régulière pour aider les ajustements nécessaires. C’est surprenant que l’importance des relations économiques avec le Nigéria ne se reflète pas dans l’état des bâtiments abritant l’Ambassade du Bénin toujours en location. S’il est vrai que cette connexion entre les deux économies est très forte, cela n’empêche pas de réfléchir aux mesures permettant de limiter les chocs provenant du grand voisin. Plus profondément, le Bénin se plait de cette économie de réexportation et ne cherche pas une alternative avec des fondations solides. Il y a des pays africains qui n’ont pas de frontières avec le Nigéria et qui montrent une grande capacité économique.

Sur le plan national, l’aggravation inévitable du déficit budgétaire consécutive aux performances en baisse des régies financières en particulier des douanes, impose une gestion très attentive des finances publiques. Il est surprenant que dans une période où le resserrement doit être la règle, que les dépenses de l’Etat se soient élevées à 121,9 milliards de FCFA à février 2009, soit une hausse de 39 % par rapport à la même période de l’année 2008, alors que les recettes ont diminué de près de 11 % s’établissant à 92 milliards de F CFA en février 2009, contre 103 milliards en février 2008.

Les recettes de politique économique tendant à une augmentation des impôts ou à un harcèlement fiscal peuvent produire des effets contraires ; les entreprises rechercheront plutôt la voie de l’informel. Au mieux, peut-on rechercher à accroître l’assiette fiscale ?

Tous les pays sont frappés par la crise financière ; la différence entre eux viendra de la manière dont chacun s’organise pour y faire face afin de soulager les souffrances des populations ; le Bénin subit la crise financière, il en a été de même de la crise énergétique ; il a connu aussi la crise alimentaire. Nous ne connaissons pas la prochaine crise mais certaines crises peuvent être évitées comme la crise alimentaire. C’est depuis le cours primaire que l’on apprend que le Bénin a une économie fondée essentiellement sur l’agriculture. On en est arrivé à la formule que si l’industrie était le moteur, l’agriculture en était la base. On ne peut donc pas comprendre que des décennies après, le Bénin souffre d’autosuffisance alimentaire. Le potentiel agricole est immense. Il y a de l’eau, de la main d’œuvre et pas de grandes forêts à raser.

La nouvelle approche de jeunes aux champs qui fait courir les membres du gouvernement me rappellent les champs collectifs et les coopératives agricoles. Il n’est pas sûr que les souvenirs soient bons. Il semblerait que l’agriculture béninoise souffre, entre autres, d’un droit foncier peu favorable et d’une organisation paysanne mal structurée. Il est donc possible de retenir les villageois dans leur village en attaquant les maux de l’agriculture à la base, ce qui permettra d’ailleurs de limiter l’exode rural.

L’influence de la crise sur la pauvreté et l’emploi est évidente. Ils sont nombreux les parents qui ont sous leur bras aujourd’hui à la maison : ingénieurs, techniciens supérieurs, sociologues, historiens, diplômés de CAP, de BEP, etc. Lorsque vous voyez les élèves sortir de l’école à midi, vous vous posez la question de savoir, qu’est ce qu’ils vont devenir ? La fonction publique n’est plus la réponse, les entreprises privées ne courent pas vers le Bénin pour s’y installer. Il y a donc une bombe en instance. Selon une étude publiée par le Conseil des Investisseurs Privés au Bénin en 2006, (16) près de 200 000 jeunes supplémentaires arriveront sur le marché de l’emploi d’ici 3 à 7 ans, chaque année. Si l’on considère une entreprise ayant généré un bon millier d’emplois directs ou indirects ; c’est 200 entreprises de cette taille qui devraient voir le jour chaque année pour résorber l’excédent de main-d’œuvre.

Pourtant, c’est du côté du secteur privé que doit venir l’espoir. Or, selon la même étude citée plus haut, le secteur privé qui tente de se développer est confronté à des tracasseries de toutes sortes. Ainsi en matière d’imposition, les taxes et droits sont plus élevés au Bénin qu’ailleurs. Par exemple, sur une tonne de farine de blé, l’importateur du Bénin paie l’équivalence de 57 % de la valeur coût et assurance de ce produit en taxes de toute nature contre 40 % au Togo et 10 % (hors frais de transport et de transit) au Niger. Par ailleurs, il verse 32 % pour le riz contre 27 % au Togo et 16 % au Niger. C’est ainsi que la place commerciale du Bénin est devenue répulsive pour de nombreux opérateurs économiques qui opèrent désormais à partir des pays voisins. Notre positionnement en net recul dans le "doing business" n’est pas un bon message (169ème en 2008 contre 151ème en 2007 sur 178 pays).

La situation économique du Bénin n’offre donc pas actuellement à la jeunesse des perspectives de jours meilleurs et de bien être, car les politiques de développement mettent souvent l’accent sur des variables macroéconomiques mais pas suffisamment sur les questions de marché de travail.

Certes, il existe quelques palliatifs à l’emploi durable. Il s’agit des taxi-motos (zémidjan), des vendeurs à la sauvette d’essence importée du Nigéria et des vendeurs de cartes de recharge de téléphone mobile, etc. Mais la question qui se pose aujourd’hui, conclut le même document du conseil des investisseurs privés, est de savoir combien de temps encore ces boulots seront acceptés et serviront d’exutoire, y compris aux diplômés de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur. Combien de temps ces palliatifs pourront entretenir l’illusion et l’espoir parmi la jeunesse et pendant combien de temps encore ces palliatifs à l’emploi maintiendront-ils la cohésion sociale et la paix dans le pays ? Il s’agit là d’une préoccupation majeure qui doit interpeler chaque Béninois.

Dans une situation de ressources propres limitées et sans réserves pour les mauvais jours, le Bénin doit revoir ses dépenses à la baisse et reprioriser les activités du Programme d’Investissement Public.

Dans une crise pareille, le secteur public paraît limité pour y faire face ; il a besoin du secteur privé avec lequel doit s’ouvrir un dialogue franc et profond pour réfléchir aux différentes issues. Un dialogue assorti de mesures applicable peut avoir un impact direct sur l’économie.

Les entreprises ne subissant pas la crise de la même manière, il est important que les échanges secteur public / secteur privé se fassent secteur économique par secteur de manière à identifier au plus près, les problèmes spécifiques. Il en est ainsi en particulier de la filière coton où l’on peut s’interroger si producteurs et égreneurs et même l’Etat et les banques sont organisés pour éviter toute surprise désagréable. De toute évidence, les entreprises qui auront disparu pendant la crise ne seront plus là après, ce qui entraînera des manques à gagner pour les services fiscaux. L’Etat doit créer une ambiance d’espérance par des mécanismes pour soutenir les entreprises qui ne parviennent pas à faire face à diverses exigences fiscales.

D’une manière plus générale, l’économie béninoise a une faiblesse majeure qui est celle d’être une économie d’opportunités trop centrée sur les activités de réexportation ou commerciales. Il faut tendre à la recherche des niches économiques propres, capables de permettre au Bénin de jouer un rôle important dans la sous-région et dans le monde. Les combats de limitrophes avec les voisins de l’UEMOA consistant à des modifications concurrentielles des taux de dédouanement des marchandises pour attirer le plus d’affaires sont sans lendemain. Ces combats ne sont pas en faveur des fondations d’une économie de complémentarité dans la sous-région basée sur des productions et des fonctions propres à chaque pays.

En guise de conclusion, je dirai que cette crise peut être une chance de salut pour le monde, une dernière alerte avant la catastrophe que pourrait déclencher une mondialisation anarchique ; une chance de salut surtout pour les pays africains que cette crise devrait faire réfléchir pour leur avenir. Si cette crise pouvait être un coup de fouet pour galvaniser les énergies, elle ouvrirait la voie à des lendemains meilleurs pour tous.

La solution pour s’en sortir, en particulier pour les pays développés ne sera pas le repli sur soi, une telle formule, caractérisée par un très fort protectionnisme et des dévaluations compétitives, a montré ses limites pendant la grande crise de 1929. Du fait d’une plus grande imbrication des économies, de l’intensité de la division du travail, de l’intrication des marchés des capitaux et des biens, la nécessité d’une approche commune de la crise s’impose. Il faudra mettre en place, une gouvernance mondiale plus exigeante du système financier, définir en commun ce que peut être un système financier sain, au service d’une croissance de haute qualité à la fois sociale et environnementale, ce que peut être une bonne banque. Il faut s’assurer d’une réglementation sans cesse mieux adaptée à l’inventivité des marchés et à l’évolution des technologies. Comme l’a souligné Jacques Attali (17) la supervision de la finance est une fonction d’intérêt général qui ne doit pas être laissée, même en partie, aux mains du secteur privé, ni même d’un seul gouvernement qui pourrait imposer des règles conformes à ses propres intérêts, mais désastreuses pour les autres. Une réglementation planétaire, détaillée et sans cesse remise en cause devrait permettre d’anticiper les déséquilibres.

Mais cette approche commune implique aussi que chaque pays mette de l’ordre au niveau de son économie (finances publiques, soutien aux secteurs en difficulté, lancement de grands travaux pour soutenir la demande, etc.).

Quant aux Etats africains, cette crise est la première qu’ils connaissent véritablement en tant que Etat, ils étaient des colonies en 1929 lors de la grande dépression aux Etats-Unis. Ils vivent une crise qu’ils sont en train de subir. Sans armes, ils attendent que leur salut vienne de l’extérieur. Ils ne se sont jamais préparés à faire face à des situations pareilles. En réalité, cette crise a mis à jour la nécessité de refonder l’Etat africain post-colonial qui souffre cruellement du manque d’objectifs stratégiques de développement. A chaque régime politique, son programme, à chaque ministre, son programme, sans qu’il soit possible de bâtir un programme de développement à long terme pour le pays autour duquel un accord minimal politique est obtenu.

Les succès des pays émergents aujourd’hui en particulier, de la Chine, ne sont pas les fruits de décisions prises il y a quelques mois, ou de décisions au quotidien et sans cesse remises en cause. C’est depuis 1978, c’est-à-dire depuis trente ans, que par des réformes profondes (politique d’ouverture sur l’extérieur, libéralisation des énergies, soutien au secteur privé), que la Chine a atteint ce niveau extraordinaire de développement. La Corée du Sud qui a connu aussi un développement spectaculaire était à peu près dans les mêmes conditions économiques que le Ghana, il y a une quarantaine d’année.

Il est donc temps pour les africains de bâtir des programmes de développement qui assurent la croissance économique et tendent vers la réalisation d’une société de partage et d’équité.