mercredi 1 juillet 2009

Entretien avec le quotidien Le MATINAL (1er juillet 2009)

Aléjo Gbadjaaa’a - Emmanuel Golou:Le candidat unique du G4 peut revenir au Psd 1er juillet 2009

Dans le monde très étroit d’économistes internationaux de renom, le Bénin peut compter sur l’une de ses valeurs. Emmanuel Kotohonko Golou, Docteur en économie est un cadre émérite qui a fait ses preuves partout où il a servi, comme le témoignent ceux qui le connaissent. Ancien fonctionnaire de la Banque commerciale du Bénin, directeur de sociétés, ancien ministre de l’énergie, député à l’Assemblée nationale, secrétaire général du Parti social démocrate (Psd), cet enfant de commerçant et de tailleur aurait pu devenir médecin. Mais son destin l’a plutôt indiqué son chemin. Discret, rigoureux, Emmanuel Golou apparait comme un privilégié des enfants de son géniteur, tout comme il l’est pour Bruno Amoussou, son père spirituel. Parlant de ce dernier, il se montre comme un élève docile qui veut toujours resté dans l’ombre du maître.



Dans cet entretien qu’il nous a accordé, Emmanuel Golou parle de Bruno Amoussou qu’il ne souhaite pas voir partir de la tête du Psd, alors que ce parti annonce son congrès pour le mois d’août prochain. Il parle aussi de son passage à la Bcb, au gouvernement de Mathieu Kérékou, de l’affaire des groupes électrogènes, de la crise économique et financière, du G4. A propos il n’exclut pas la possiblité d’une candidature unique au sein de l’inter groupe pour 2011 et garde espoir que le candidat pourrait être de sa formation politique. Le Matinal : Monsieur Emmanuel Golou, que peut-on retenir de vous ?

Emmanuel Golou : Je suis économiste de formation, membre et secrétaire général du Parti social démocrate (Psd) député à l’Assemblée nationale. On m’appelle également Kotohonko, c’est un nom de guerre que mon père a voulu me faire porter. Il a estimé un instant, qu’en m’appelant ainsi, il me met sur un champ de guerre où je dois me défendre et combattre. On m’a rapporté qu’il a emprunté ce nom au Ghana, un pays où il avait séjourné en faisant du commerce et la taillerie. Il y achetait des tissus pour ensuite les confectionner et les revendre au Bénin. Mon père parcourait, pour ses activités l’axe Klouékanmè, Dogbo Azovè. Vous imaginez bien l’avantage pour mes frères et mes camarades, pour nous habiller.

Que représente Klouékanmè pour vous ? Je suis né à Lanta dans la commune de Klouékanmè avant d’aller faire toute ma scolarité primaire jusqu’en 1966 à Djakotomè. J’ai ensuite été admis au cours secondaire au lycée Béhanzin de Porto-Novo à la même année. Après sept ans d’études dans cet établissement, j’ai obtenu mon baccalauréat pour m’inscrire ensuite à l’Université. J’ai eu du mal au cours de mon cycle à choisir ma profession car dans un premier temps je nourrissais l’ambition de devenir médecin. J’hésitais entre cette branche et l’économie, donc pour me déterminer, j’ai dû faire un tirage au sort. Ainsi je suis devenu économiste.

Enfant d’un père commerçant et tailleur, était-ce facile d’aller à l’école ? C’était plutôt fascinant. Alors, je l’aidais à tourner la machine à coudre aussi bien à la maison que sur les marchés où il m’amenait en me portant avec la machine, sur sa bicyclette. Il faut le préciser, de nous ses enfants, c’est moi qui ai eu la chance de mériter ce privilège. Les autres étaient souvent affectés aux travaux champêtres.

Vous auriez pu devenir alors tailleur ? Mon père s’est obstiné à ce que j’aille à l’école et il s’est d’ailleurs évertué pour que je puisse réussir dans mes études. Mais il faut le reconnaitre, la vocation de mon père était plutôt que j’apprenne le Français pour devenir acheteur et vendeur de produits comme le palmiste. Je l’ai compris un peu plus tard, qu’il ne voulait, pas à priori que je fasse de longues études. J’ai donc réussi finalement à faire des études universitaires et cela a fini par l’enchanter.

Un détour au lycée Béhanzin, votre vie d’élève directement venu d’une campagne Au lycée nous étions reçus à l’internat. Je n’ai pas eu besoin d’atterrir dans une famille d’accueil. Nous étions bien pris en charge par les responsables de l’internat. Nous n’avions pas eu de problèmes pour les fournitures les manuels scolaires, ni pour l’alimentation. Je rentrais régulièrement au village, pendant les vacances où je rejoignais mon père pour l’aider dans différentes activités.

Après cela et la vie à l’université ? Une fois inscrits dans les départements de notre choix, nous étions amenés à louer chacun son petit local, une « entrer-coucher » et à organiser notre petite popote. Une situation à laquelle je n’étais pas habitué. Un moment, nous avons souhaité revivre la vie de l’internat mais nous avons fini par nous adapter à notre nouvelle vie.

Le service militaire patriotique, qu’est-ce-que vous en savez ? Initiée à l’époque, la mission patriotique d’enseignement a permis à tous les appelés d’être au contact des réalités des populations des autres localités du Bénin. De plus, cette expérience a permis un certain brassage en ce sens que certains d’entre nous ont fini par se marier hors de leur localité de naissance ou d’origine. Nous étions souvent très intégrés aux activités des populations. Pour ma part, j’ai été un membre très actif de l’équipe de football de Pobè où j’ai enseigné et participé à plusieurs compétitions.

Ensuite vous aviez continué les études à l’extérieur. Est-ce sur financement propre ou comme boursier ? Je suis allé au Centre de formation de la Beceao à Dakar, en 1983 où j’ai suivi 18 mois de cours pratiques et théoriques. J’avais bénéficié d’une bourse d’études de la Banque commerciale du Bénin (Bcb). Ce que j’ai achevé entre 1984 et 1985, avant de m’inscrire à l’Université de Paris Dauphine pour faire un Dea/Banque qui m’a permis de faire une thèse en Banque, Finances et Monnaie. J’ai ensuite fait mon doctorat en 1988.

Tout en étant élève puis étudiant, aviez-vous eu le temps de militer ? Si. J’ai commencé depuis la classe de 5ème comme responsable élu. Ce qui m’a ouvert par la suite la voie à la réunion de l’Union générale des élèves et étudiants du Dahomey (Uged), du Rassemblement des jeunes du Mono et de l’Association des jeunes de Djakotomey où, j’ai activement milité. En clair, c’est le détonateur de tout ce que je fais actuellement en politique. A l’université, on a poursuivi avec notre militantisme. Et, à cette époque, l’activité politique était beaucoup plus développée à la base à travers les mouvements des jeunes et les associations de développement. Même dans les champs, on discutait avec les paysans que nous sommes parfois amenés, au besoin à défendre. Notre connaissance de ces milieux et notre parfaite maîtrise du milieu paysan ne datent pas d’aujourd’hui. Par le passé il y avait moins de discours au sommet que maintenant. Le vrai travail se faisait à la base.

Vous seriez un ancien militant du Pcb. Est-ce vrai ? Ce n’était pas exactement çà. Nous avions à l’époque plusieurs mouvements de jeunes à Djakotomey et les activités de militantisme se menaient avec les aînés comme Bruno Amoussou, Pascal Fatondji, Daniel Djossouvi. C’est bien après que certains groupes ont fini par rejoindre le Parti communiste du Bénin (Pcb) en laissant les autres continuer dans les organisations de jeunes qu’il y avait dans notre zone. Leur départ n’a pas annihilé notre engagement ni faire dévier notre orientation. Nous avons tout naturellement maintenu nos sphère et méthodes d’actions.

Est-ce pendant ces moments que vous avez connu le président Bruno Amoussou ? Au plan politique, je répondrai par l’affirmative. Sinon, c’est depuis les années où j’allais au collège en 1966 que j’ai connu le président Amoussou. Il était déjà beaucoup engagé dans les actions politiques et à nos yeux, il paraissait très admiratif. En jeune frère, je passais des weeks-end chez lui. Donc, il n’est pas tout à fait exact de dire que c’est au temps de mon activisme politique que se sont établis mes premiers rapports avec le président Amoussou.

Il est alors plus qu’un président pour vous et a rang de père spirituel ? Oui, on peut le dire, dans la mesure où, il fait beaucoup pour moi. En tout, il a été important pour moi. Je dirai que sans lui, je n’aurais pas été ce que je suis aujourd’hui.

Pour votre entrée à la Bcb Bruno Amoussou en était-il pour quelque chose ? Ce n’est pas tout à fait ça. Vous savez qu’il ne suffit pas d’être fonctionnaire dans une entreprise. Vous pouvez l’être et rester bloqué à un certain stade. Ainsi, vous devenez ouvrier à vie .Tel n’a pas été mon cas à . la Bcb. J’ai connu une carrière et une évolution normale. Il en a été de même en politique.

Comment vous a-t-on recruté alors ? Par rapport à cette époque, nous avions la chance d’être recasé dans une entreprise ou dans l’administration publique. Pour ma part, j’ai été affecté à la Bcb

Tout comme Bruno Amoussou, vous étiez à la Bcb au moment où l’entreprise est tombée en faillite. Bien au contraire. Jusqu’en 1984 lorsque Bruno Amoussou y était, la Banque était florissante, les problèmes ne se sont posés qu’après son départ. Tout le reste, n’est que montage. Les faits réels sont là. L’histoire aussi.

Et vous, vous y étiez toujours ? Oui mais de forme, puisque ceux qui étaient aux commandes ont fini par m’écarter .J’ai été par la suite affecté au service des études de la Bcb. Plus clairement, je dirai que j’ai été mis au garage. Je n’en ai fait aucun problème jusqu’à la fermeture de la banque en 1989. Tous on était contraint à partir. J’avais donc le choix entre l’exil ou rester au bercail .Finalement, j’ai choisi de m’installer à mon propre compte. J’ai créé une entreprise spécialisée dans la formation en informatique entre 1989 et 1990. A l’époque j’étais déjà nanti de diplômes et de relations pour frapper à des portes même hors du territoire national. Cette entreprise continue de fonctionner jusqu’à ce jour. Bien que je m’occupe actuellement d’autres choses. Ainsi j’ai assumé jusqu’au bout, mes responsabilités.

C’était également l’année de la tenue de la conférence nationale. Quelle a été votre contribution ? C’est à travers des associations que les délégués ont pris part à la conférence nationale. Nous en avons constitué à qui nous avons formulé des recommandations qu’elles ont eu à défendre. Telle a été notre contribution. En dehors de ces associations, j’ai également travaillé avec un cercle d’amis politiques dont la contribution a été très déterminante pour le déroulement de la conférence et des décisions qui en sont issues.

Vous n’étiez pas alors à la conférence. De même que le président Amoussou ? Puisque vous parler de lui, sachez tout simplement qu’il était hors du pays

Comment alors le Psd a été créé ? C’est l’aboutissement d’un très long processus. La seule chose que je sais c’est que ce parti a été créé à Abidjan par des groupes de gens qui ont pensé qu’il fallait créer un parti social démocrate au Bénin. L’idée a pris corps après plusieurs réunions et nous avons mis au point tous les documents nécessaires jusqu’à porter le parti sur les fonts baptismaux en 1990.

Un bilan ? Le Psd est l’un des premiers partis créés avec l’avènement de la démocratie. Il est une des anciennes rares formations politiques qui vit encore. Notre parti a fonctionné avec tout l’enthousiasme, Qu’on lui connait jusqu’au moment où certains camarades ont décidé de quitter nos rangs. Malgré tout, le parti continue à travailler. De façon plus précise, On a cumulé plusieurs résultats positifs aux élections présidentielles, législatives comme municipales et communales

Bien qu’étant frappé par la limite d’âge pour aller aux élections présidentielles, on a l’impression que le Président Amoussou ne veut pas vous laisser jouer les premiers rôles à la tête du parti Je crois que dans la vie, chaque chose a son temps. Le concours du président Amoussou sera toujours demandé. Au sein du Psd on aura toujours besoin de lui. J’aurais même voulu que l’on continue à travailler ensemble comme nous le faisons actuellement.

A vous entendre, vous semblez ne nourrir aucune ambition ? C’est quoi une ambition ? Dites le moi.

Prendre la direction du parti et avoir plus de marges de manœuvres pour briguer la magistrature suprême Je dirai une chose : on n’a pas besoin d’être président de parti avant d’être candidat aux élections. Si ce n’est que ça, il sera là et le parti pourrait décider de ma candidature.

Etes-vous prêt ? Pourquoi pas. Je suis comme un militaire. Lorsque je suis investi d’une mission, je dois l’exécuter. Sans même que je le déclare, les gens me citent déjà parmi les candidats potentiels. Laissons donc les réflexions se poursuivre. Le temps nous situera par la suite.

Adhérez-vous à une candidature unique ? Bon, c’est une possibilité, c’est une possibilité parmi tant d’autres. Nos chefs sont en train de discuter de cette possibilité, cette éventualité. Vous imaginez que nous serons heureux dans un tel schéma. Mais le monde ne sera pas à l’envers si ce n’est pas le cas. Toutefois, il faut lutter pour que ça soit ainsi.

Vous rêvez d’être désigné candidat unique du G4, si cette option était finalement retenue ? Ah ! Oui, oui mais de toutes les façons, on ne parle pas de primaires. Mais il y a des candidats un peu partout. Le Psd n’est pas orphelin de ce point de vue là. Donc s’il y a des discussions à faire autour d’une candidature unique, le Psd est partie prenante au niveau de ce débat. Je ne sais pas ce qui va repousser le Psd à ce débat là.

Que peut-on attendre du Psd dans les mois à venir ? Nous sommes en train d’envisager un congrès qui va avoir le 8 août 2009. Certainement qu’il n’y a pas de bruit, mais ça travaille. Les commissions et les comités sont en mouvement. Le travail des comités sur la déclaration de politique générale, le comité sur l’organisation, le comité sur la communication. Tous travaillent jour et nuit au sein du parti aujourd’hui.

Il y a longtemps que vous êtes allé à ces assises, qu’est-ce qui subitement explique aujourd’hui que vous programmiez cela ? Il faut que ça arrive quand même. C’est vrai qu’on a fait notre dernier congrès en 2000. Nous sommes en 2009, ça a pris du temps. Il faut qu’on corrige ça, donc on va en congrès le 08 août 2009.

Avec le Psd, il y a eu l’Adema, l’Ubf, l’Abn, Wologuêdê et aujourd’hui le G4. Ça ne s’est souvent pas bien passé. On a toujours voulu nous rassembler, créer un creuset assez viable, une classe politique viable pour gérer le pays. C’est dommage que très souvent, ça ne dure pas. Ce n’est pas avec joie que nous avons assisté à la fin de l’Adema, à la fin de l’Ubf. Surtout l’Ubf à laquelle nous avons cru, nous avons fait des sacrifices matériels, financiers, personnels et finalement l’Ubf a échoué. Nous voici au niveau du G4.

Envisagez-vous déjà la même fin que l’Ubf ? Non. Il faut qu’on continue par essayer. Il faut qu’on continue à dire qu’un jour, ça va marcher. Vous savez quand un homme et une femme se connaissaient d’abord puis se marient mais ils se rendent compte que, c’est quand ils sont ensemble qu’ils se connaissent mieux. Donc, il n’y aura pas de bagarre. Ça va prendre un bout de temps avant que ça ne se stabilise au niveau de la famille. Donc c’est normal tout ce qui arrive-là. Si en 2011 aux élections, il y a deux partis qui sont toujours là, mais ils iront ensemble. S’il y a plus, c’est tant mieux.

Vous êtes un homme politique très effacé et réservé mais également un opérateur économique. Comment vous vous en sortez ? Oui, je souffre énormément d’être à l’Assemblée nationale, au secrétariat du Psd et de travailler pour survivre. Je crois que c’est un peu difficile. J’essaie de gérer le temps, disons de prendre une partie en tant qu’opérateur, une partie pour le parti, une partie pour l’Assemblée et puis bon c’est quand même pesant.

Récemment on vous a vu intervenir sur la crise économique financière internationale. Pensez-vous que le Bénin est aussi frappé de plein fouet et a-t-on les possibilités d’en sortir ? Je pense que si on ne s’organise pas bien, si on ne prend pas au sérieux les choses et si on ne réfléchit pas bien sur ce dossier, nous allons souffrir énormément au niveau de notre pays. Parce que, comme je l’ai dit, la crise a un effet direct sur le Bénin parce que nous sommes membres de la zone franc, mais nous souffrons aussi parce que nous sommes de la zone Naira. Tout ce qui frappe le Naira, nous frappe. Et comme nous sommes une économie d’opportunité, c’est-à-dire d’économie qui est qu’on importe pour réexporter vers le Nigeria. Donc nous sommes à la merci des décideurs économiques et politiques. Si aujourd’hui, le Nigeria décide qu’il veut arrêter les importations de tel ou tel produit, on a des difficultés. Déjà il a suffi au Nigeria de libéraliser l’entrée des véhicules de tous âges dans son pays à partir du port de Lagos pour que les nôtres aient des difficultés pour vendre leurs véhicules sur le Niger. Donc je pense que cette crise, est une crise importante pour nous, elle frappe fortement le Nigeria, parce que le Nigeria à son budget, aux ¾ financé par les recettes pétrolières. Or, il y a des problèmes au niveau du secteur pétrolier. Il faudrait que nous nous asseyions pour dire : premièrement, quelles sont les mesures à court terme, les mesures à court terme c’est de faire en sorte que les opérateurs économiques béninois qui envoient près de 80% de leur production au Nigeria s’asseyent pour dire à l’Etat, aide-nous à tenir pendant la crise le temps que le soleil arrive. Deuxièmement, il faut refonder complètement notre économie parce qu’elle n’existe pas en tant qu’entité. C’est quoi notre économie ? Le résumé de notre économie, c’est qu’elle est basée sur la fiscalité du port, notamment sur les recettes douanières. Le coton dans lequel nous sommes, ce coton est sans avenir. Donc il y a de la réflexion, du travail. Il faut créer les fondations de notre économie à long terme. Je dis que même si on ne prend pas les décisions aujourd’hui là, même dans 50 ans, le pays sera exactement comme il est.

Donc, le régime en place ne crée pas de richesse ? C’est à quel niveau il crée la richesse ? Est-ce qu’il crée la richesse ? Allez dans le monde rural, les gens se débrouillent, ils se débrouillent pour vivre alors que nous avons tous les atouts pour avoir une agriculture prospère, pour être un gros pays agricole, pour exporter nos produits comme des moins nantis comme le Burkina aujourd’hui. Vous voyez ce qu’ils font, on importe des choses. C’est bien ce qu’ils font, nous les plus nantis en matière agricole nous sommes là, on regarde, on subit et puis on est tranquille. Je dis que nous devons travailler très fort. Nous devons commencer à travailler si nous voulons que notre pays soit viable à terme dans la sous région.

Le gouvernement de Yayi Boni ne fait-il pas mieux que celui de Mathieu Kérékou auquel vous aviez participé ? Qu’est ce qu’il fait de mieux. C’est à cause des bâtiments que vous parlez comme ça ? Est-ce c’est à cause des bâtiments qui sont là ou c’est à cause des micros crédits qui se distribuent ?

Parlez-nous alors de votre passage au gouvernement, comment est-ce que ça se passait quand vous étiez au gouvernement ? De toues les façons nous n’avions pas eu de difficultés financières pendant que nous étions au pouvoir. On n’a pas de difficultés au niveau de notre budget, il n’y a pas de problèmes de menace au niveau de paiement des salaires. Chacun a fait le travail qu’il pouvait faire. Je vais aller sur le domaine que je maîtrise en particulier. Moi j’étais en charge de l’énergie, des mines et de l’hydraulique. J’ai amené de projets autant que je pouvais pour que chaque béninois puisse avoir de l’eau. J’ai fait venir des entreprises américaines, des entreprises sud-africaines pour venir fouiller notre sol, dans la mer pour chercher le pétrole, et plus loin pour voir si nous avons de l’or à Djougou et vers Natitingou. On a eu des succès, mais tout n’est pas succès. Aujourd’hui on parle de pétrole etc. C’est des travaux qui ont été entamés qui se poursuivent ainsi. Il n’y a pas eu de nouveau à ce niveau là. Donc personne ne peut dire voilà tel a fait ça, ce n’est pas comme ça les projets. Si un projet sort aujourd’hui et mis en chantier, il a une durée de 4 ou 5 ans. Donc les gens ont du démarrer ça avant que les autres ne viennent. Je me suis battu autant que je peux et je regrette, je regrette aujourd’hui que nous souffrions encore. Quand je vois les coupures d’énergie, je peux vous dire que ça me fait extrêmement mal. Oui très mal parce que c’est intolérable. Ce n’est pas normal, ce n’est pas possible. Le Bénin a eu une crise en 1984, en 1994 en 1998. Nous avons fait des propositions. Nous avons même démarré des choses. Le barrage d’Adjarala, devrait être réalisé. Nous avions organisé des appels d’offre pour ce barrage. Je ne sais plus où sont les dossiers. Et nous sommes toujours là en train de nous chercher. 1998-2009, 11ans, on est dans cette situation, c’est intolérable. C’est à croire que l’énergie n’est pas une base pour le développement de notre pays, c’est intolérable.

Abordons l’histoire des groupes électrogènes achetés en votre temps. Nous avions en connivence, ou en accord avec nos amis du Togo décidé de louer des groupes électrogènes. Je me souviens du ministre Andjo. Nous nous sommes tombés d’accord pour que nos deux pays puissent faire une location de groupes pour la fourniture de l’énergie. Le Togo en a loué moi j’en ai loué pour le Bénin. Et je puis vous dire que la société Agogo que j’ai fait venir en 1998 est toujours au Bénin. Je ne le dis pas par fierté, mais je pense qu’il n’est pas normal que cette société soit toujours au Bénin et que nous soyons toujours en location de groupe. On avait acheté également d’autres groupes qu’on a distribués un partout sur l’ensemble du territoire national qui fonctionnent aujourd’hui à merveille sans aucun problème. C’est vrai que dans la période, les gens en ont fait un problème politique, une très grande question politique. Golou a fait ceci, Golou a fait cela. Moi je les regarde. De toutes les façons, après les accusations qui étaient portées en ce moment sur moi, il y a eu une décision de justice. J’ai amené des gens au tribunal, il y a une décision qui est là qui montre que c’était une question politique qui est montée pour me salir.

C’était un faux procès contre votre personne ? C’est un faux procès qui a été fait. Ce qui s’est passé réellement je vais vous le dire. C’est un ministre du gouvernement qui avait demandé des services chez moi au niveau de mon ministère. Je n’ai pas pu lui rendre ce service. Il est parti de ce qui n’existe pas pour faire des commérages. Vous savez que la Sbee utilise plus de mille articles qu’elle achète tous les jours. Je suis le ministre de tutelle mais ce n’est pas moi qui achète les pièces ou les produits que la Sbee utilise. Donc ils ont acheté des groupes, ils les ont installés et il y a eu un petit problème au niveau de Dassa qui a été réglé rapidement. Mais entre temps, ce ministre écrit au président Kérékou en disant, Golou a acheté des groupes de mauvaise qualité. Et c’est comme ça que le président Kérékou a mis en place une commission d’enquête. C’est devenu une affaire. Voilà l’affaire des groupes. C’était une question purement politique où on voulait rendre des coups à quelqu’un. De toutes les façons, heureusement, c’était un faux procès. Et d’ailleurs j’ai complètement oublié, c’est vous qui m’avez rappelé ce dossier là sur les groupes électrogènes.

Avez-vous le cœur léger en parlant de cette affaire ? Mon cœur est tellement léger, complètement léger, totalement léger, voilà.

Le Bénin a connu l’installation de la commission politique de supervision du Rena et de la Lepi. Les choses sont allées très vite. Je trouve que tout est allé très vite. Nous voulons tous de la Lépi. En tout cas notre parti veut de la Lépi. Mais la Lépi, n’est pas pour un régime, ni pour un chef. La Lépi c’est pour le Bénin. Comment faire pour créer les conditions pour que ce qui détruit la démocratie ne vienne pas chez nous ? C’est les contestations, c’est les bagarres, après le post électoral qui font souvent tomber la démocratie. Nous nous sommes des démocrates et nous voulons que la démocratie s’installe véritablement dans notre pays. Donc nous luttons pour que la Lépi soit une réalité et nous avons tout fait autant que nous pouvons pour que l’Assemblée nationale joue son rôle, sa partition. Au niveau de l’Assemblée, on a voté des lois, on a désigné les personnes et la commission politique de supervision est installée. On en est heureux. Et ce que nous souhaitons aujourd’hui, c’est que l’équipe qui se met au travail n’a qu’à se considérer comme une équipe républicaine qui travaille pour ceux qui vont gérer le pays demain, comme ceux qui vont gérer le pays après demain. Donc on ne peut que leur souhaiter beaucoup de courage dans cette fonction parce que naturellement, il va y avoir beaucoup de gens qui vont tenter de manipuler en faveur de x ou de y. Je ne pense que ça soit la bonne formule pour notre pays. Nous voulons une vraie Lepi, pas une Lepi à moitié.

A l’époque, footballeur mais aujourd’hui pratiquant de law tennis, comment êtes-vous arrivé à ce sport ? Oui en fait, il faut que je dise un peu. Je vous ai dit que je suis normalement footballeur et donc la position que j’occupe dans une équipe, c’est l’attaque. Donc c’est à moi on donne les balles pour que je mette les buts. En 1986, un dimanche j’étais allé au terrain pour jouer. On a formé deux équipes. On m’a mis toujours à ma place et je voulais marquer un but. Le gardien est sorti, tombe sur mon pied et fracasse ma jambe avec rupture ligamentaire. J’ai fait 3 mois à l’hôpital, à la sortie comme j’aimais beaucoup le sport, j’ai cherché un sport de remplacement. Ce sport est que, je ne dois pas cogner quelqu’un. Donc le sport que j’ai choisi c’était le tennis où je suis seul dans mon camp et on échange. Et c’est comme ça je suis arrivé au Tennis. Je suis allé voir les responsables de Tennis, on m’a inscrit dans leur école et j’ai commencé à apprendre petit à petit. Mais aujourd’hui, je ne suis pas un grand tennisman. Si j’arrive à renvoyer, c’est déjà bien.

Réalisé par Fidèle Nanga

Transcription : Djibril Ibrahim, Madeleine Assogba et Idelphonse Akpaki (Stag)

Témoignage de Christophe H. Mégbédji, Maire de Klouékanmè :« Certains se plaignent de sa rigueur »

Emmanuel Golou, je le connais très bien. Sur le plan social, c’est un homme bien. D’abord, c’est un cadre émérite, un économiste de haut niveau qui a fait ses preuves dans plusieurs structures. Il a été nommé ministre des Mines sous Kérékou, il a fait des efforts énormes. Même si en ce moment les gens ne le reconnaissent pas. Je crois que c’est des efforts qu’on devrait louer. Aujourd’hui, il continue sa lutte pour son ascension personnelle. Nous sommes du même arrondissement et de la même commune et de ce point de vue je suis bien placé pour mieux le connaitre. Sur le plan politique, c’est un cadre émérite aussi. Il est le secrétaire général du parti social démocrate (Psd), un parti qui a aussi fait ses preuves, grâce à son président et à tous ceux qui l’entourent au sein du bureau. Je voudrais dire que grâce aux efforts du ministre Golou, beaucoup de cadres ont été vraiment promus, et ont pu faire facilement leurs études post universitaires. Même des frères du Couffo et du Mono et d’autres départements du nord ont pu faire de même. Je me rappelle sur le plan social que le ministre Golou, payait les frais de mémoire aux étudiants. Aujourd’hui nous lui avons emboîté le pas. Il a soutenu beaucoup d’entre nous et je voudrais dire que c’est un exemple à suivre. C’est vrai que dans un parti, on peut ne pas toujours s’entendre, mais on peut s’entendre sur le minimum. On doit le compter parmi les cadres du (Psd), qui arrivent réellement à penser aux jeunes. Je crois que le ministre Golou est régulièrement marié et il a des enfants. C’est quelqu’un qui s’intéresse à sa famille et aussi à son entourage. En société, on note à son niveau une révolution par rapport à la collaboration. C’est quelqu’un de discret et très accessible. Je crois le féliciter pour çà et souhaiter que nous puissions faire comme lui et dans nos communautés au Bénin, en passant par le canal du parti Psd. Comme défaut, on peut dire qu’il a le courage de faire face à toutes les pressions. On le sollicite partout. C’est ça l’homme politique, et l’homme public. Comme nous sommes sur le terrain, certains se plaignent de sa rigueur, on ne répond pas à temps. Mais je vous ai dit tantôt qu’il s’est amélioré sur ce plan là. C’est ce qu’on pouvait lui reprocher. Mais, je crois que ça s’est amélioré de façon très notable. Nous avons noté au dernier moment ses transformations, ses mutations notables d’être un homme public et de mériter donc son titre d’économiste de haut niveau. C’est des qualités : le fait qu’il s’intéresse à sa famille, à ses groupes sociaux et politiques. Or, vous avez que les qualités peuvent être innées comme elles peuvent être forgées. Il est en train de gagner beaucoup d’autres qualités et c’est sa volonté de changer, de se transformer de devenir un homme public que je retiens.