vendredi 4 novembre 2011

LA CRISE DE LA DETTE : L’Europe, dos au mur

A L’ORIGINE DE LA CRISE

Trois ans après le dépôt de bilan de Liehman brothers, cette banque dont la faillite a profondément déstabilisé le système financier mondial, le paysage économique reste dévasté : les bourses s’effondrent, la récession menace et les marchés s’affolent.
Certes, les problèmes ne sont plus tout à fait les mêmes car ils se concentrent désormais sur l’Europe et le surendettement des Etats.

Au départ, il y a une crise grecque et les faits sont connus. Depuis son entrée dans la zone euro, la Grèce a vécu au-dessus de ses moyens au point de se retrouver étouffée sous une dette devenue incontrôlable qu’elle a réussie à dissimuler pendant des années en maquillant les comptes. Le surendettement concerne également les pays comme le Portugal, l’Espagne et l’Italie.

S’agissant de la Grèce en particulier, la situation est quasi inextricable même si l’on tient compte de l’accord européen du 21 juillet 2011 qui prévoit une réduction des taux de ses emprunts, un allongement du délai de remboursement et un abandon par les banques d’une partie de leurs créances. La dette pèse 150% du PIB. Le pays s’enfonce dans la récession. Le PIB va reculer d’au moins 4% cette année. Les objectifs de 2011 sont déjà hors d’atteinte, avec un déficit plus proche de 10% que des 7,4% annoncés. Dans le même temps, la mise en œuvre des réformes patine, qu’il s’agisse de la lutte contre la fraude fiscale ou le lancement des privatisations.
Les réunions sont organisées à tous les niveaux ; Ministres et Chefs d’Etat se rencontrent régulièrement pour faire face à cette crise. Les Européens sont conscients qu’en cas de défaut de paiement de la Grèce, les banques grecques s’effondreront, car elles détiennent beaucoup d’obligations de l’Etat et entraineront dans leur chute l’activité et les acteurs économiques du pays. Le scénario serait aussi une source de contagion pour les autres banques européennes qui détiennent aussi des titres de dette publique grecque. D’une manière générale, les dirigeants Européens se projettent au-delà de la Grèce et craignent un effondrement du système bancaire et financier de toute la zone Euro ; ce qui entrainerait la mort de l’Euro dont plus aucun investisseur ne voudrait.
Pour faire face à cette crise, il est envisagé à court terme un second plan d’aide. à la Grèce à hauteur de huit milliard d’euros; ce qui est fait.

Il est également prévu la création du fonds européen de stabilisation financière (440 milliards) pour venir en aide aux pays en difficulté. Certains ont proposé la création des eurobonds qui permettront à tous les pays membres d’emprunter sur le marché obligataire aux mêmes conditions. D’autres propositions sont faites souhaitant le renforcement de l’union monétaire par une union budgétaire. Par ailleurs, l’on insiste sur la nécessité de parvenir à la règle d’or c'est-à-dire parvenir à l’équilibre budgétaire au niveau de tous les Etats membres de l’Union. On parle aussi de la séparation des activités entre les banques de dépôt supposées financer l’économie et les banques d’affaires plutôt portées vers la spéculation. La question de la recapitalisation des banques est aussi évoquée.

En tout cas le spectacle offert à travers les différentes réunions montre que la zone euro tâtonne pour trouver la formule miracle.

Pour le moment et à la rencontre du 26 octobre 2011 les dirigeants européens ont retenu :
Premièrement, un abandon par les banques de 50% de leurs créances sur la Grèce suivi de leur recapitalisation.

Deuxièmement, le renforcement du Fonds de stabilité financière qui passe d’une dotation de 440 milliards d’euros à 1000 milliards d’euros et qui agira comme un fonds de garantie des dettes souveraines émises par les pays fragiles.
Au lendemain de cet accord, les bourses sont euphoriques même si le référendum envisagé par la Grèce les a refroidit ; tout le monde est soulagé. Souvent on fera mine d’avoir tout oublié de ce qui s’est passé en attendant la prochaine crise. Depuis que le capitalisme a pris le pouvoir, dit Jacques Attali, ‘’la crise semble même son état naturel ‘’.

Pour beaucoup d’économistes, les mesures prises sont transitoires car elles ne règlent pas la question quant au fond car disent – ils la crise grecque n’a fait que révéler une crise de la gouvernance économique européenne. Comment le plan de sauvetage peut-il réussir s’il n’est pas suivi d’une meilleure gestion des dépenses publiques dans les différents pays de la zone avec la nécessité d’un droit de regard des instances de l’union.

On a l’impression que tout est mis en place pour que les uns s’autorisent à mettre le feu sachant que les autres viendront automatiquement à leur secours. Pour aller sûrement dans la bonne direction, il est fortement attendu que l’Union Européenne passe de l’Union Monétaire à l’Union Economique et Monétaire.

UNE CRISE REMPLACE UNE AUTRE : DES SUBPRIMES AUX DETTES

Un regard sur la crise de la dette par rapport à celle des subprimes montre hier comme aujourd’hui une grande inquiétude sur la solidité bancaire. Les valeurs financières sont les plus massacrées en bourses. L’action de la Société Générale a chuté de plus de 56% depuis le début de l’année cotant 17,77 euro le 14 septembre 2011 alors qu’en mai 2007 elle valait 140 euro.

Les subprimes, ces crédits hypothécaires américains toxiques nichés dans les bilans des banques du monde entier ne sont plus à l’origine des angoisses de 2011. Mais ils ont été remplacés par un stress entourant les dettes souveraines européennes, notamment Grecque, Italienne et Espagnole dont sont gorgées les banques. Surendettés et en panne de croissance, ces Etats sont menacés, selon les investisseurs de faire défaut provoquant d’énormes pertes pour les établissements. La confiance envers ces établissements européens s’érode à tel point qu’ils peinent à se financer sur le marché américain. La spirale en marche en 2008 menace à nouveau : les banques en mal de liquidité peineraient à financer l’économie, aggravant une situation déjà sombre.
On se souvient que pour faire face à la crise des subprimes des mesures ont été prises pour discipliner les actions de la finance internationale. Même ces mesures que j’appelais mesures d’entretien ou travaux d’entretien du capitalisme n’ont pas été appliquées ou du moins timidement. 90% des règles en fonction en 2008 sont toujours en vigueur. Les choses ont très peu changé. « Il y eut des déclarations, des grands-messes riches de promesses restées sans suite. Il y eut des lois votées mais dont les applications concrètes – qu’il s’agisse de nouvelles architectures de supervision, de renforcement des règles prudentielles, d’encadrement des bonus ou de production du consommateur – se sont avérées plus que modestes » (1).
Même s’il faut pointer du doigt le laxisme budgétaire de certains pays européens, beaucoup d’économistes pensent que la déréglementation dans le système financier reste une des causes majeures de la crise où les banques se sont tout permis avec l’appui de leurs gouvernants. Priorité a été donnée à leurs activités sur les marchés financiers au détriment de leur rôle traditionnel de financement de l’économie.

Et pour ‘’l’Humanité’’ (2), le plan d’aide qu’accorde l’Union Européenne à la Grèce est en fait un plan d’aide aux banques.
Beaucoup craignent à nouveau que les actions des gouvernements soient celles d’Etats sapeurs pompiers qui engagent les fonds des contribuables pour une socialisation des pertes des entreprises et une privatisation des profits.

Encore une fois les rôles circonstanciels et ponctuels des Etats dans le système financier sont fortement dénoncés. Ils doivent se persuader que s’agissant des marchés, on ne peut les laisser livrés à eux-mêmes qu’à nos risques et périls.
Adam Smith (3) indiquait déjà que ‘’livrée aux seules forces du marché, la finance faisait courir de graves dangers à la société’’ et recommandait l’exception bancaire aux principes de la liberté d’entreprendre et de commerce consistant à créer un cadre réglementaire strict pour éviter des dérapages.

Les pouvoirs publics doivent prévenir les mouvements extrêmes dans les deux sens avec des règles plus améliorées et plus efficaces. La présence de l’Etat dans le capital des banques permettra d’orienter au mieux le crédit vers le financement d’activités génératrices d’emplois et porteuses de croissance au détriment d’activités spéculatives.

L’AFRIQUE ET LA CRISE DE LA DETTE

Selon l’économiste Mouriel Roubini (4), connu pour avoir prédit la crise financière de 2008, la conjonction de la morosité de la reprise de l’économie mondiale et le poids de la dette de la zone euro peuvent conduire à une récession plus tôt que prévu.

De toute évidence, la crise de la dette va amener les dirigeants européens à revoir leurs dépenses publiques. Les banques, même recapitalisées, pourraient êtres plus vigilantes en matière de distribution de crédits ; on assisterait à une baisse de la demande et à un ralentissement de l’activité économique.

Comme en 2008 l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine dont les échanges sont de l’ordre de 40 – 50% avec l’Europe connaitrait une baisse de ses exportations avec les effets conséquents sur la balance des paiements. En Europe, les exigences de politique intérieure face à l’amenuisement des ressources internes pourraient avoir un impact sur l’aide publique au développement. Il est évident qu’un effondrement de l’euro créerait des perturbations au niveau de la zone CFA.

Dans une telle situation, un minimum de prudence s’avère nécessaire dans la programmation et l’engagement des dépenses au niveau des pays africains. Le recours à l’épargne nationale et régionale par la dynamisation des marchés financiers régionaux est à recommander tandis que le secteur privé devra être fortement mis à contribution par un partenariat avec le secteur public en vue du financement du développement.

A la suite de la rencontre de Bruxelles du mercredi 26 octobre 2011 où les principes généraux de sortie de crise ont été retenus, il reste à attendre leur mise en application. Dans tous les cas, l’Europe connaîtra une avancée significative dans la résolution de la crise si d’une part la solidité de la zone ainsi que la solidarité au sein de la zone sont sauvegardées et d’autre part si l’on parvient à mener une politique d’austérité tout en assurant la croissance.






(1) Ibrahim Warde ‘’Le Monde diplomatique n° 690, septembre
(2) L’Humanité du mardi 13 Septembre 2011, N° 20747
(3) Adam Smith, line II, chapitre II, in Ibrahim Warde, ‘’Le Monde Diplomatique n° 690, septembre 2011
(4) Morel Roubini : économiste américain, Professeur au Stern School of Business de l’Université de New York